Nouakchott accueille MEDEX 2025
En ce début de décembre, l’esplanade du Centre international de conférences de Nouakchott s’anime d’une effervescence rare : la deuxième édition de MEDEX vient d’y déployer ses pavillons immaculés et ses couloirs parfumés.
Sous l’œil attentif du ministre de la Santé, le Dr Mohamed Mahmoud Ely Mahmoud, le ruban tricolore tombe; l’événement est lancé dans une chorégraphie protocolaire où se mêlent caméras, batteurs de tam-tams et parfums d’encens.
Jusqu’au 4 décembre, cette foire internationale veut créer un pont entre institutions publiques, fédérations professionnelles, investisseurs et start-up, avec un mot d’ordre : innover pour mieux soigner la Mauritanie.
Femmes leaders au cœur de l’ouverture
La présidente du comité d’organisation, Sarra Ismail, accueille les délégations dans une djellaba ivoire rehaussée de fil d’or; son sourire maîtrise l’art délicat de conjuguer protocole, ambition et chaleur sahélienne.
« Nous voulons montrer que la santé, c’est d’abord une expérience humaine », confie-t-elle, évoquant la part croissante des femmes mauritaniennes dans la gestion hospitalière et le secteur pharmaceutique.
À ses côtés, Dr Seynebou Ba, venue du Sénégal, plaide pour des chaînes d’approvisionnement plus agiles, soulignant que l’inégalité d’accès aux médicaments touche prioritairement les mères et les nouveau-nés.
Innovations médicales et partenariats
Les stands rivalisent de prototypes : scanner portable alimenté par l’énergie solaire, appli de télésurveillance des diabétiques, fauteuil d’accouchement ergonomique conçu par une équipe d’ingénieures de Nouakchott.
Un murmure circule dans les allées : certaines innovations pourraient être labellisées dès 2026 par la Fédération Nationale de la Santé, ouvrant la voie à une production locale.
Pour le président de l’UNPM, Zein El Abidine Cheikh Ahmed, le pays tient là « un gisement d’emplois pérennes ». Son discours souligne la complémentarité entre capitaux privés et politiques publiques inclusives.
Le conseiller de l’Union européenne, Win Vanderbroucke, insiste, lui, sur la nécessité de normes communes pour intégrer les dispositifs mauritaniens aux chaînes de valeur régionales, rappelant l’appui budgétaire de Bruxelles.
Une dynamique ouest-africaine renforcée
De Bamako à Dakar, les délégations venues soutenir le salon illustrent une dynamique ouest-africaine qui dépasse la seule Mauritanie, tissant un réseau d’alliances pour une couverture sanitaire plus résiliente.
Dr Boureima Afo Traoré, porte-voix du secteur privé malien, estime que « l’avenir est au codéveloppement d’équipements adaptés aux réalités sahéliennes, sobres en énergie, robustes face à la poussière ».
L’ambassadeur d’Espagne, Pablo Barbará, rappelle la tradition de coopération médico-chirurgicale entre Nouakchott et Madrid, annonçant l’arrivée prochaine d’un programme axé sur la formation des sages-femmes rurales.
Cette ouverture internationale résonne particulièrement auprès de la diaspora féminine, désireuse d’investir dans les technologies de prévention maternelle sans pour autant s’éloigner définitivement de son continent.
Un marché d’opportunités locales
Si l’Alliance du secteur privé pour la promotion de la santé répète que l’Afrique dépense encore trop en importations pharmaceutiques, MEDEX dévoile une contre-narration faite d’usines pilotes et de laboratoires partagés.
Le ministre mauritanien voit dans cette évolution l’occasion de créer des filières où les jeunes diplômées en biologie et en ingénierie biomédicale occuperaient des positions de décision longtemps réservées ailleurs.
À l’ombre d’un palmier, Aïssata, étudiante venue de Kiffa, observe les démonstrations de réalité augmentée et confie rêver de monter son centre de télécardiologie pour les femmes des zones désertiques.
Son ambition trouve un écho dans la stratégie nationale Digital Health, présentée en marge du salon, qui promet un maillage de centres connectés sous trois ans, grâce à la 5G transsaharienne.
Priorité à la santé des femmes
Les panels mettront à l’honneur le dépistage précoce des cancers féminins, rappelant qu’en Mauritanie le taux de diagnostic tardif reste élevé malgré les efforts des ONG locales.
Des chercheuses de l’université de Nouakchott enseignent comment utiliser un simple smartphone pour interpréter une mammographie numérisée, solution pensée pour les dispensaires éloignés des centres spécialisés.
« La technologie n’a de sens que si elle atteint la dernière fille du dernier village », résume une intervenante, tandis que la salle, presque entièrement féminine, l’applaudit debout.
Nouakchott, future capitale de la santé
En trois jours seulement, MEDEX compte faire de Nouakchott la plaque tournante d’un commerce de solutions médicales pensées par et pour l’Afrique de l’Ouest, loin des stéréotypes d’un continent dépendant.
L’atmosphère feutrée des salons d’affaires se mélange aux senteurs de méchoui, rappelant que la diplomatie économique se construit ici dans la convivialité, un thé à la menthe à la main.
Au coucher du soleil, les banderoles vert émeraude scintillent encore, promesse que la conversation sur la santé durable ne s’arrêtera pas avec le dernier exposant, mais se prolongera dans les universités et les cabinets ministériels.
MEDEX referme ses portes le 4 décembre, mais laisse ouvertes celles de l’espoir, rappelant que l’excellence médicale peut éclore au cœur du Sahel, portée par des femmes et des hommes décidés à écrire une nouvelle page.










