Santé Congo : 19 centres certifiés, soins boostés

Certification historique à Brazzaville et Pointe-Noire

Le soir du 27 novembre 2025, les couloirs des centres de santé intégrés de Mpaka à Pointe-Noire résonnaient de chants. Dix-neuf établissements venaient d’être certifiés dans le cadre de l’approche Mavimpi Ya Mboté, symbolisant une confiance renouvelée dans le système congolais.

Cette étape, saluée par les familles et les soignants, marque un tournant majeur pour les mères, les nouveau-nés et les enfants, alignant le pays sur l’Objectif de développement durable 3 et réaffirmant la place prioritaire de la santé dans l’agenda national.

Une approche née d’alliances stratégiques

Lancée trois ans auparavant, Mavimpi Ya Mboté s’appuie sur un partenariat tripartite associant le Gouvernement, l’UNICEF et des bailleurs tels que l’Alliance Gavi et le Canada, chacun apportant expertise technique, financement et plaidoyer.

La méthode s’inspire des déclarations d’Alma-Ata et d’Astana qui placent les soins de santé primaires au cœur du développement, tout en adaptant ces principes aux réalités culturelles et géographiques congolaises pour ne laisser aucune famille en marge.

Des résultats mesurables et rapides

En dix-huit mois, la performance moyenne des dix districts pilotes est passée de 48,9 % à 76,6 %, selon les tableaux de bord du ministère de la Santé et de la Population.

Cette progression, rendue possible par un coaching continu des équipes et l’analyse systématique des données, se voit aujourd’hui concrétisée par la certification, sésame qui atteste du respect de plus de quatre-vingts critères de qualité.

À Brazzaville, l’hôpital de Mfilou a réduit de 60 % le délai moyen de prise en charge obstétricale grâce à un protocole de triage coloriel, ce qui a permis d’éviter six transferts coûteux vers le secteur privé en un trimestre.

Pour Thérèse Massema, sage-femme à Ngoyo, « l’approche a changé nos réflexes, depuis le triage jusqu’au suivi postnatal. Les décès néonataux ont baissé et les mamans reviennent confiantes », confie-t-elle, sourire sous le masque.

Un arsenal logistique pour réduire les distances

La consolidation du programme s’accompagne d’une dotation de deux canots rapides, quatre véhicules utilitaires et d’intrants essentiels d’une valeur de 432 millions F CFA, remis officiellement sur l’esplanade du ministère.

Dans le district fluvial de Tsiémé, ces canots vont diviser par deux le temps d’évacuation des urgences obstétricales, tandis que les véhicules déployeront les vaccinateurs jusqu’aux villages forestiers longtemps restés hors réseau.

« Sans mobilité, la qualité ne suffit pas. Nous devons amener le service là où vivent les familles », souligne le Dr Jean-Baptiste Ibara, directeur de l’offre de soins primaires, rappelant la vision d’équité voulue par le président Denis Sassou Nguesso.

Une dynamique communautaire au cœur du succès

Au-delà de l’infrastructure, Mavimpi Ya Mboté s’appuie sur les communautés villageoises, responsables d’identifier les femmes enceintes, d’alerter en cas de complication et de surveiller la nutrition des tout-petits.

Des comités de qualité, composés de chefs coutumiers, de mères leaders et d’agents de santé, se réunissent mensuellement pour examiner les indicateurs et proposer des ajustements réalistes.

C’est cet ancrage social qui a convaincu Mariavittoria Ballotta, représentante de l’UNICEF, lors de ses visites. « Les femmes me disent que leur enfant respire aujourd’hui grâce à un protocole maîtrisé par des voisins devenus vigies de santé », relate-t-elle.

Cap sur la généralisation nationale

Fort des preuves accumulées, le ministère de la Santé et de la Population prépare un plan triennal pour étendre Mavimpi Ya Mboté aux quarante-dix districts restants, avec un budget prévisionnel de 28 milliards F CFA.

Le modèle de financement mêlera dotation publique, solidarité internationale et contribution locale, afin d’assurer la pérennité des acquis sans dépendance excessive.

L’Université Marien-Ngouabi sera associée pour former un nouveau vivier de professionnels imprégnés de la culture qualité, tandis qu’un laboratoire digital centralisera les données pour alerter en temps réel.

Les partenaires insistent toutefois sur l’importance d’un suivi budgétaire transparent. Un tableau public d’engagements financiers sera affiché dans chaque district pour que les citoyennes, souvent premières utilisatrices des services, puissent demander des comptes.

Un levier d’image et de confiance

L’approche fait déjà figure de vitrine sous-régionale. Des délégations venues du Gabon et du Cameroun ont observé les procédures de certification, signe que la diplomatie sanitaire congolaise gagne en influence douce.

Pour les jeunes mères, cette influence se traduit surtout par la fierté de savoir que leurs bébés reçoivent un traitement comparable à celui offert dans des cliniques privées, sans frais supplémentaires.

En témoignent les carnets de vaccination épais de Tamara, 22 ans, présentés fièrement au chef de district lors de la cérémonie ; elle n’avait jamais imaginé bénéficier gratuitement d’un diagnostic échographique et d’un complément nutritionnel.

Perspectives et responsabilités partagées

La prochaine évaluation indépendante, prévue pour mi-2026, confirmera si la dynamique se maintient. Entretemps, chacun, des bailleurs aux comités de quartier, est appelé à préserver l’esprit Mavimpi : placer chaque mère au centre d’un cercle vertueux de soins.

À l’horizon 2030, le Congo espère hisser son taux de mortalité maternelle à moins de 140 pour 100 000 naissances, seuil recommandé par l’Union africaine. Mavimpi Ya Mboté se veut l’épine dorsale de cette ambitieuse trajectoire nationale.