Lettre des Dévouées : le Congo écoute ?

Une missive féminine qui résonne

Au détour d’une chaumine de Bacongo, Aimée Clarisse Abambila signe une lettre ouverte qui parcourt les artères de Brazzaville. L’Association des Femmes Dévouées, forte de militantes de tout âge, y invite le chef de l’État à amplifier son engagement pour l’égalité des genres.

Sans virer au plaidoyer électoral, le document rappelle que le Parti Congolais du Travail et des organisations alliées sollicitent déjà la candidature du président Denis Sassou Nguesso. Les Dévouées, elles, y voient l’occasion d’arrimer les ambitions politiques à une promesse concrète envers les femmes congolaises et filles.

Des avancées législatives tangibles

Les signataires soulignent d’abord le chemin parcouru. En 1984, le Code de la famille inaugurait une protection inédite des droits féminins. Puis vinrent la Constitution de 2015, la Politique nationale Genre de 2016 et la loi foncière de 2018, autant de jalons accumulés ensemble.

À ces textes s’ajoutent la loi MOUEBARA de 2022 contre les violences et le récent centre d’accueil dédié aux survivantes. La création d’une ligne budgétaire pour l’égalité et d’un Conseil consultatif de la Femme démontre, selon l’AFD, une volonté institutionnelle désormais ancrée dans l’appareil politico-administratif national.

Des chiffres qui racontent un changement

Les chiffres traduisent cette dynamique. La représentation féminine aux conseils locaux passe de vingt-et-un virgule quinze à vingt-cinq virgule quarante-quatre pour cent. Au Sénat, trente virgule cinquante-cinq pour cent des fauteuils sont désormais occupés par des femmes, contre vingt virgule quatre-vingt-trois auparavant en 2017.

L’Assemblée nationale suit la même courbe, glissant de onze virgule vingt-cinq à seize virgule cinquante-cinq pour cent de députées. Au gouvernement, huit ministres sur trente-huit, soit vingt-et-un virgule zéro cinq pour cent, portent le portefeuille féminin. Les Dévouées saluent un bond qualitatif mais l’estiment perfectible encore.

La société civile en première ligne

Au-delà des statistiques, la missive rappelle la portée symbolique des premières femmes cheffes de villages ou de quartiers. Dans des communautés où la parole coutumière reste forte, leur présence reconfigure les cercles décisionnels et ouvre d’autres perspectives à la génération montante congolaise.

La société civile se veut désormais auxiliaire de l’État plutôt qu’opposante. « Notre rôle n’est pas de politiser la question, mais d’enraciner la parité dans les mentalités », confie Anny Fouta, juriste et membre fondatrice de l’AFD, rencontrée lors d’un atelier de formation organisé à Poto-Poto hier.

Les attentes d’un nouveau mandat

Pour l’association, l’article 17 de la Constitution doit maintenant sortir des textes et s’appliquer au quotidien. Le collectif préconise l’adoption rapide des décrets d’exécution et la possibilité de sanctions pécuniaires contre les partis qui ne respecteraient pas le quota de trente pour cent sur chaque liste.

Une autre revendication touche la participation économique. Les Dévouées proposent un fonds souverain destiné à soutenir les agricultrices, artisanes et entrepreneures numériques. « L’égalité ne se limite pas aux sièges électifs, elle se mesure aussi aux comptes bancaires », martèle la cheffe d’entreprise Stella Mohi Loemba depuis Pointe-Noire.

En filigrane, la résolution 1325 des Nations unies demeure un fil rouge. Les avancées sur la paix et la sécurité, notent les militantes, gagneraient à intégrer davantage de médiatrices formées. Cela consoliderait le rôle des femmes dans la stabilisation des départements frontaliers du Nord Congo.

Vers une gouvernance plus inclusive

Si le calendrier politique s’accélère, l’AFD insiste sur la nécessité de maintenir une pédagogie de proximité. Des caravanes informatives sillonnent déjà les arrondissements pour vulgariser les lois et sensibiliser les chefs traditionnels, parfois réticents à céder une part de pouvoir symbolique historique.

Le rapprochement avec la Première Dame, très investie dans la lutte contre la drépanocytose, est évoqué comme exemple de synergie possible. En plaçant la santé des femmes au cœur du programme, les associations estiment indirectement renforcer leur autonomie sociale et financière en milieu rural également.

Dans la capitale, quelques sceptiques jugent la lettre trop conciliante. Pourtant, l’approche constructive séduit une jeunesse en quête de modèles. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #DévouéesPour2026 cumule déjà des milliers de partages, preuve que la conversation dépasse le cercle militant et gagne les diasporas.

Interrogé à l’issue d’un conseil municipal, un cadre du ministère de la Promotion du genre rappelle que « la parité est un processus graduel ». Il assure que des consultations interministérielles examineront bientôt les propositions citoyennes, y compris celles mises en avant par l’AFD dès 2024.

Reste la question du suivi. L’AFD propose un baromètre annuel, publié en ligne, pour mesurer la féminisation des postes stratégiques. Cette transparence, dit-elle, renforcerait la confiance entre gouvernants et gouvernées et permettrait d’ajuster, en temps réel, les politiques publiques pertinentes au plus près du terrain.

À l’heure où l’Afrique centrale redéfinit ses modèles de développement, la mobilisation des Congolaises revêt une portée régionale. La lettre des Dévouées, volontairement respectueuse, mise sur le dialogue pour que la prochaine décennie voie naître une gouvernance plus inclusive et durable pour toutes et tous.

En attendant, les signatures affluent, rappelant que la parité, loin d’être un slogan, s’inscrit désormais dans le quotidien congolais moderne.