Une alliance naissante pour la sécurité scolaire
À Brazzaville, une poignée de matinées avant le 25 novembre, la présidente de l’Association Zéro Violence en Milieu Scolaire et Universitaire, Joséline Mansounga Moumossi, franchit le seuil du Conseil consultatif de la femme, dossier sous le bras et détermination en bandoulière.
Dans le sillage de la Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, elle cherche un allié institutionnel capable de renforcer la portée de sa campagne, encore jeune mais déjà remarquée dans plusieurs lycées de la capitale congolaise.
Face à elle, Clara Mathurine Osseté Mberi Moukietou, secrétaire exécutive du Conseil, écoute, questionne, puis esquisse un sourire prometteur : la cause résonne avec la mission de l’institution, créer des passerelles entre les pouvoirs publics et les initiatives citoyennes féminines.
Le rôle stratégique du Conseil consultatif de la femme
Le Conseil consultatif de la femme, né par décret présidentiel pour soutenir la participation des Congolaises à la vie nationale, s’impose comme courroie de transmission entre la présidence et les ONG engagées sur le terrain, rappelant sa promesse de rester « l’oreille attentive » des associations.
« Votre programme place la sécurité et la dignité des élèves au sommet, nous voulons l’accompagner », assure Clara Osseté Mberi, décrivant un parrainage qui mêlera appui logistique, diffusion médiatique et ouverture de portes ministérielles pour amplifier la sensibilisation dès cette année.
Au-delà du 25 novembre, le Conseil ambitionne d’inscrire la lutte contre les violences en milieu scolaire dans le futur plan national genre, en cohérence avec la feuille de route du ministère des Affaires sociales et de l’action humanitaire.
Clara Osseté Mberi rappelle que le Congo-Brazzaville a ratifié nombre de conventions internationales, dont la CEDAW, et que les engagements pris à Addis-Abeba lors du sommet de l’Union africaine sur les femmes doivent désormais trouver un prolongement concret dans chaque salle de classe.
Des jeunes comme fers de lance de la sensibilisation
Pour l’Azvmsu, fondée en 2022 et active depuis mars 2025, la jeunesse reste la meilleure caisse de résonance. Ses membres, essentiellement étudiants, animent déjà des ateliers interactifs où anecdotes et chiffres s’entrelacent pour briser les tabous autour du harcèlement, des agressions et du cybersexisme.
Le 25 novembre, un flambeau symbolique partira du lycée Chaminade pour rejoindre l’université Marien-Ngouabi, marquant une chaîne humaine de solidarité. Chaque halte donnera lieu à des saynètes et à la signature d’un pacte de tolérance zéro contre les violences sexistes.
« Nous voulons que les couloirs résonnent de messages positifs, pas de murmures de peur », insiste la présidente Mansounga, convaincue que la prévention passe par la mise en lumière des bonnes pratiques plutôt que par la stigmatisation.
Les clubs de débat mis en place par l’Azvmsu proposent également des modules sur la masculinité positive, invitant les garçons à devenir alliés plutôt que spectateurs. Cette approche inclusive évite la culpabilisation et favorise une culture de respect mutuel, expliquent les animateurs.
Objectif : des campus sans peur
Dans les établissements pilotes, l’Azvmsu introduit déjà des boîtes de signalement anonymes, des encadrants formés et un numéro vert accessible gratuitement. Selon l’association, ces outils ont fait baisser de vingt pour cent les incidents déclarés lors du dernier trimestre scolaire, un indicateur encourageant pour les parents inquiets aussi.
Le parrainage du Conseil permettra d’étendre ces dispositifs à des internats éloignés, où les élèves, souvent mineurs, restent vulnérables lors des week-ends. L’objectif partagé est de couvrir dix départements d’ici deux ans, avec des statistiques régulièrement publiées pour suivre l’impact, qu’ils jugent déjà probants.
Les responsables académiques saluent l’initiative, rappelant que l’environnement scolaire sûr contribue à de meilleurs résultats éducatifs et, à long terme, à l’employabilité des jeunes, un enjeu cher aux autorités.
Un partenariat technologique est aussi en discussion avec une start-up congolaise spécialisée dans les applications mobiles de sécurité. L’idée consiste à permettre aux étudiants de signaler un incident en temps réel et de recevoir un soutien psychologique immédiat via un tchat confidentiel.
Regards d’expertes sur la prévention
Pour la psychologue clinicienne Florence Nguimbi, l’école peut devenir un laboratoire d’égalité. Elle souligne que la répétition de micro-violences non sanctionnées prépare le terrain aux agressions graves et préconise la médiation comme première ligne d’écoute.
De son côté, l’avocate Gisèle Bemba met en avant l’arsenal juridique existant, notamment la loi de 2019 sur la protection de la femme et de la jeune fille, encore méconnue dans plusieurs communes, d’où l’importance de formations sur le droit et les recours.
Le partenariat entre l’Azvmsu et le Conseil consultatif ouvre ainsi une plateforme de dialogue multi-acteurs, réunissant enseignants, policiers, magistrats et influenceuses digitales, tous mobilisés pour transformer la vigilance personnelle en mouvement collectif.
À l’approche du 25 novembre, Brazzaville observe la montée en puissance d’une stratégie inclusive où les solidarités institutionnelles et citoyennes se conjuguent. Si les engagements se concrétisent, le test grandeur nature proposé par l’Azvmsu pourrait devenir, demain, un modèle régional de prévention dans les écoles et universités africaines.










