Abidjan au centre de la création africaine
En décembre 2025, la Fashion Week by Elie Kuame investira Abidjan, transformant la capitale économique ivoirienne en carrefour international. Pendant sept jours, stylistes, acheteurs et médias se retrouveront autour des podiums, des ateliers et des discussions stratégiques.
Fondé par le couturier belgo-ivoirien Elie Kuame, l’événement s’est imposé comme l’un des rendez-vous les plus attendus d’Afrique de l’Ouest. Sa signature allie rigueur haute couture et joie de vivre, offrant à la scène régionale un écrin digne des capitales mondiales.
La vision d’Elie Kuame
« Nous voulons célébrer le génie créatif d’ici sans complexe », confie Elie Kuame en marge d’une session de repérage. Depuis la première édition, son équipe cultive une approche holistique, mêlant spectacle, formation et réseautage afin d’accélérer la professionnalisation de l’écosystème.
La prochaine édition, programmée du 8 au 14 décembre 2025, prolongera cette ambition. Défilés immersifs, showrooms connectés et masterclasses digitalisées permettront aux créateurs de présenter des collections tout en échangeant sur les défis d’approvisionnement, de durabilité ou de distribution transfrontalière.
Unité, conscience et visibilité
Le concept repose sur quatre piliers. Le premier, l’unité, réunit designers, tisseurs, mannequins et investisseurs pour structurer une filière encore fragmentée. Le deuxième, la conscience, vise à convaincre pouvoirs publics et capitaux privés de considérer la mode comme vecteur de croissance.
Troisième axe, promouvoir, s’incarne dans le label « Né en Afrique ». Apposé sur les pièces sélectionnées, il garantit une traçabilité locale, du coton au bouton. Enfin, la visibilité ambitionne de repositionner la mode ivoirienne sur la carte mondiale, au-delà des clichés.
Un label, un récit identitaire
À travers « Né en Afrique », la Fashion Week veut surtout raconter une histoire. Finitions à la main, palettes inspirées des bogolans et coupes revisitant les tenues baoulé composent un storytelling capable de séduire autant les boutiques parisiennes que les concept stores de Nairobi.
« Les consommateurs recherchent du sens », rappelle la consultante ghanéenne Ama Ofori, invitée lors du dernier panel. En associant création contemporaine et héritage, Abidjan offre une proposition différenciante, qui répond aux attentes de transparence et d’authenticité des marchés premium.
La mode comme force sociale
Au-delà du style, la plateforme porte une cause qui touche toutes les familles africaines : la lutte contre le cancer du sein. Dépistages gratuits, ventes caritatives et capsules roses rythmeront la semaine, illustrant la capacité du secteur à mobiliser pour la santé publique.
« Nous voulons que le glamour serve la vie », insiste la médecin oncologue Clarisse Kouadio, partenaire de l’événement. Sa présence rappelle qu’en Côte d’Ivoire, le diagnostic tardif reste fréquent et que l’influence des créateurs peut accélérer la prise de conscience.
Hommage aux pionniers
Une rétrospective plongera les visiteurs dans l’héritage d’icônes telles que Chris Seydou, Pathé’O et Alphadi. Pièces d’archive, croquis annotés et vidéos inédites retraceront leurs trajectoires, offrant aux jeunes talents une leçon de persévérance et de fierté continentale.
Ce voyage mémoriel souligne la filiation entre les générations. Les drapés sculpturaux de Seydou résonnent encore dans les silhouettes actuelles, tandis que la philosophie durable de Pathé’O inspire les pratiques circulaires. Alphadi, lui, démontre qu’un créateur africain peut conquérir les podiums parisiens.
Concours et tremplins d’excellence
L’innovation se jouera aussi sur scène, avec le Prix d’honneur Marie-Thérèse Houphouët-Boigny, annoncé pour le 11 octobre 2024. Le lauréat recevra bourse, mentorat chez Elie Kuame et stage en France, un package susceptible de changer une trajectoire entière.
Le Prix d’excellence Dominique Ouattara viendra compléter le dispositif. En récompensant la créativité mais aussi la gestion responsable, il promeut une vision entrepreneuriale et inclusive de la mode, alignée sur les engagements sociaux portés par la première dame.
Vers une constellation panafricaine
À l’instar des Fashion Weeks de Lagos et Dakar, Abidjan participe à la construction d’un calendrier continental cohérent. « Chaque capitale apporte sa nuance », note la journaliste sénégalaise Diarra Sow. Ensemble, elles bâtissent une constellation capable de dialoguer avec New York ou Milan.
Cette synergie favorise les échanges de compétences et la circulation des collections. Les marques ivoiriennes trouvent des débouchés au Kenya, tandis que les tissus nigérians enrichissent les garde-robes abidjanaises. La mode devient ainsi un marché intégré, miroir des ambitions de la Zone de libre-échange africaine.
Invitation au voyage stylistique
Reservée aux curieux et aux passionnés, la Fashion Week by Elie Kuame promet un spectacle où l’avenir se coud à même le passé. Quiconque passera le seuil des showrooms abidjanais repartira avec la conviction qu’en Afrique, la mode est plus qu’un vêtement : c’est une renaissance.










