PME congolaises : 14,5 Mds Fcfa pour rebondir

Un souffle financier inédit pour les PME

La torpeur du marché du crédit congolais s’est dissipée le 11 novembre à Brazzaville, lorsque la Société financière internationale a signé avec Bank Of Africa Congo un prêt de 14,5 milliards Fcfa, première ligne de financement internationale accordée à une banque locale depuis 2016.

L’accord, salué par le secteur privé, prévoit d’orienter la totalité des fonds vers les petites et moyennes entreprises, colonne vertébrale de l’économie, qui mobilisent déjà près de 60 % des emplois formels au Congo selon les données 2022 de l’Association professionnelle des établissements de crédit.

IFC et BOA, un tandem stratégique

Pour l’IFC, bras financier du groupe Banque mondiale dédié au secteur privé, ce prêt consolide une présence de longue date au Congo-Brazzaville et répond à une demande croissante de capitaux répondant aux standards internationaux de gouvernance et de transparence.

Bank Of Africa, forte d’une couverture de dix-huit marchés africains, devient pour sa part la première institution congolaises à bénéficier d’une ligne de l’IFC depuis sept ans, un signe de confiance que son directeur Afrique centrale, Mamadou Igor Diarra, qualifie de « moment charnière ».

Des emplois et un écosystème en expansion

Les projections réalisées par IFC tablent sur la création de 800 à 1 300 emplois d’ici cinq ans, un effet multiplicateur rendu possible par l’accès au crédit, souvent cité comme première barrière à la croissance par les patrons de PME interrogés lors du dernier Forum Investir au Congo.

Les chambres de commerce estiment qu’une PME sur trois se voit encore refuser un financement conventionnel, faute de garanties ou d’historique bancaire. La nouvelle facilité devrait consolider les fonds propres, moderniser les processus et encourager les recrutements, notamment dans la transformation agricole et l’artisanat de luxe.

Un accent particulier sur l’entrepreneuriat féminin

Au moins 10 % de l’enveloppe, soit presque 1,5 milliard Fcfa, sera réservé aux entreprises détenues ou dirigées par des femmes, une priorité que la représentante de la Banque mondiale au Congo, Alexandra Célestin, présente comme « un accélérateur d’inclusion économique et sociale ».

Les bénéficiaires potentielles accueillent l’initiative avec prudence et espoir. « Nous avons prouvé notre capacité d’innovation, mais l’oxygène financier manquait; cet appui peut changer la donne », confie Naomie Nkounkou, fondatrice d’une start-up de cosmétique naturelle basée à Pointe-Noire.

Des garde-fous pour garantir l’impact

Conçu sous forme de prêt senior, le mécanisme inclut un suivi trimestriel des décaissements et l’obligation pour BOA-Congo de maintenir un rapport régulier sur le portefeuille financé, ce qui permettra à l’IFC de mesurer l’évolution effective des emplois et des revenus générés.

Le dispositif s’appuie également sur un accompagnement non financier : formation en gestion des risques, digitalisation des procédures de prêt et assistance technique pour renforcer la gouvernance interne des PME bénéficiaires, autant d’outils jugés essentiels par l’Agence congolaise pour le développement de l’entreprise.

Un partenariat en phase avec la stratégie nationale

La ministre chargée des PME, Jacqueline Lydia Mikolo, voit dans ce financement « le fruit des réformes engagées par le Chef de l’État pour assainir l’environnement des affaires ». L’initiative s’inscrit dans le Plan national de développement 2022-2026, qui cible une croissance inclusive portée par le secteur privé.

Le gouvernement prévoit par ailleurs d’ouvrir, d’ici fin 2024, trois guichets uniques régionaux dédiés aux formalités administratives des jeunes entreprises. Ces plateformes devraient réduire à moins de huit jours la création officielle d’une société, contre plus de trente actuellement selon les acteurs.

Réactions du patronat et des experts

Le président de l’Union patronale et interprofessionnelle du Congo, Paul Obambi, salue « une bouffée d’air pour les trésoreries essoufflées », tout en appelant à un élargissement rapide des bénéficiaires afin de ne pas concentrer les ressources sur les seules entreprises des grands centres urbains.

Pour l’économiste Ange Nkouka, chercheur à l’Université Marien Ngouabi, la présence de l’IFC induit « un signal de crédibilité susceptible d’attirer d’autres bailleurs ». Selon lui, si le taux de défaut reste contenu, le marché bancaire local pourrait retrouver progressivement un coût du crédit plus compétitif.

Perspectives régionales et durabilité

Au-delà des frontières, le modèle pourrait être reproduit dans la sous-région CEMAC, où l’accès au financement demeure l’un des freins majeurs à la diversification. BOA évoque déjà des discussions similaires à Douala et Libreville, afin de créer un corridor de capital dédié aux PME.

La dimension environnementale n’est pas en reste : les projets verts bénéficieront d’un encouragement tarifaire, conformément à la stratégie climatique de l’IFC. Les promoteurs qui opèrent dans l’énergie solaire, le recyclage ou l’agro-écologie pourront ainsi prétendre à des conditions préférentielles sur la durée et la garantie.

Une mise en œuvre attendue dès 2024

Le calendrier opérationnel prévoit un premier décaissement au premier trimestre 2024, ciblant une centaine de PME identifiées par BOA à Brazzaville, Pointe-Noire et Dolisie. Les entreprises seront sélectionnées sur la base d’un business-plan viable, d’une comptabilité certifiée et d’un engagement à créer de l’emploi local.

Un comité conjoint, incluant des représentants de la BOA, de l’IFC et du ministère des PME, se réunira chaque mois pour évaluer la répartition sectorielle, ajuster les critères et désamorcer d’éventuels retards. Cette gouvernance partagée veut garantir la crédibilité du programme et inspirer d’autres partenaires.