Marseille se prépare à vibrer
Les boucles crépues et frisées s’apprêtent à prendre d’assaut le littoral méditerranéen. Après treize années passées à électriser Paris, la Natural Hair Academy, rendez-vous phare des beautistas afro-descendantes, s’installera à Marseille les 6 et 7 décembre 2025.
Ce changement de décor est moins une parenthèse qu’un prolongement logique d’un mouvement qui a élargi son champ de la cosmétique au lifestyle, de la fierté capillaire à l’empowerment féminin, devenant une vitrine économique de premier plan sur le continent européen.
Success-story d’un mouvement capillaire
Tout commence en 2012, dans un loft parisien où quelques passionnées osent parler big chop, transition et stop aux défrisages. Treize ans plus tard, la NHA réunit célébrités, influenceuses et 180 exposants, preuve vivante que la boucle naturelle n’est ni tendance passagère ni effet marketing.
Le secret de cette longévité tient à une philosophie simple : les différences ne se gomment pas, elles se célèbrent. L’événement combine expertise scientifique, créativité artistique et convivialité, offrant un espace où chacune peut expérimenter, apprendre et repartir avec un sentiment d’appartenance renforcé.
Au-delà du cheveu, la NHA raconte les histoires entremêlées des diasporas africaines, de l’héritage colonial aux utopies contemporaines. Chaque stand reflète une trajectoire entrepreneuriale, chaque boucle une résistance douce aux injonctions esthétiques dominantes, donnant au salon des airs de laboratoire socioculturel.
La cité phocéenne, nouveau décor
Marseille n’a pas été choisie au hasard. Carrefour historique des cultures méditerranéennes et africaines, la cité phocéenne parle créole, kabyle, lingala et français sur un même trottoir. Autant de sonorités que la NHA veut faire résonner sous la verrière du Parc Chanot.
L’édition 2025 promet une scénographie inspirée des calanques : palettes ocres, touches azur et végétation sauvage. La mer traversera les allées à travers des installations sensorielles rappelant que l’eau est l’alliée première des cheveux texturés, de la vaporisation matinale au rinçage vigilant.
Pour les commerçantes locales du quartier Belsunce, réputé pour ses échoppes de cosmétiques afro, l’arrivée de la NHA est perçue comme un catalyseur. « Nous attendons une clientèle internationale prête à découvrir nos recettes ancestrales », confie Hasna, gérante de la boutique Arom’Karité.
Ateliers, panels et défilés très attendus
Sur deux journées, le programme alternera masterclass de soins, cours de makeup pour carnations riches, séances de méditation guidées et échanges sur la santé mentale, rappelant que prendre soin de soi commence autant dans la tête que sur le cuir chevelu.
Les panels sur l’entrepreneuriat accueilleront des fondatrices telles que la Béninoise Kanyinsola Adeyemi, spécialisée dans les biotech capillaires, ou l’Ivoirienne Ines Kouadio, qui a conquis TikTok avec ses turbans satinés. Elles partageront stratégies d’accès aux capitaux et astuces pour protéger la propriété intellectuelle.
Moment toujours très commenté sur les réseaux sociaux, le défilé nocturne mettra en scène coiffures afro futuristes, corsets wax couture et sneakers brodés de cauris. Les images anticipées par les magazines spécialisés devraient propulser Marseille dans le top des destinations hair & fashion 2025.
Étude 2025 : décoder les attentes afro-françaises
Comme chaque année impaire, l’agence AK-A rendra public son étude Hygiène & Beauté des Afro-Françaises. Réalisée auprès de 4 200 consommatrices, l’enquête mesure routines, budgets, canaux d’achat et perception des marques. Les analystes évoquent déjà un tournant vers une consommation plus holistique.
Les premières données indiquent un recul net des sulfates et silicones, une montée des actifs botaniques d’Afrique centrale et un engouement pour les marketplaces communautaires. Plus de 68 % des sondées estiment encore sous-représentées les peaux foncées dans les campagnes nationales.
Pour Natacha Kameni, cheffe de projet chez AK-A, « l’inclusivité n’est plus une option marketing, c’est la structure même du produit ». Elle souligne que les consommatrices attendent désormais des formulations pensées dès le laboratoire pour les boucles serrées autant que pour les peaux mixtes.
Vers une beauté réellement inclusive
La présence simultanée de l’étude et de la NHA crée un pont entre chiffres et expérience. Les marques pourront tester en temps réel leurs nouveautés auprès d’un public exigeant, ajuster textures ou packagings, et repartir avec un feedback souvent plus précieux qu’une longue campagne digitale.
De nombreuses start-up afro-européennes ambitionnent déjà de lever des fonds lors de l’événement, profitant de la présence d’investisseurs green qui plébiscitent des formules écoresponsables, sans pétrole ni microplastique. L’économie de la boucle naturelle rencontre ainsi la finance durable, dans une convergence fertile.
Au-delà des bénéfices immédiats, les organisatrices espèrent faire de la NHA un laboratoire d’inclusivité structurelle, inspirant les grands groupes à regarder les textures afro non comme un segment de niche mais comme un moteur d’innovation, de recherche et de responsabilité sociétale durable.
Avec Marseille pour nouvel écrin, la Natural Hair Academy poursuit son expansion tout en restant fidèle à son mantra : élever la couronne que chacune porte naturellement. Entre chiffres, expériences sensorielles et débats engagés, l’édition 2025 annonce un grand bain de boucle et d’optimisme.









