Une consécration au Global Unity Women International
Le nom de Mariusca Moukengue scintille cette saison au firmament des arts oratoires. La jeune slameuse congolaise vient de décrocher le prix Artistic Excellence and Social Engagement through Slam décerné par le Global Unity Women International, dont la cérémonie est annoncée du 12 au 14 décembre à Pointe-Noire.
Cette reconnaissance, rare pour un art longtemps marginal, salue sa capacité à transformer la poésie urbaine en levier de dialogue social et de fierté nationale. Elle inscrit aussi la ville portuaire sur la carte des grands rendez-vous culturels d’Afrique centrale.
Au téléphone, la lauréate confie ressentir « un frisson d’humilité et de responsabilité », rappelant que chaque trophée engage à « redoubler d’efforts pour porter haut la voix d’une jeunesse qui bâtit, invente, répare ». Le public, dit-elle, est son meilleur jury.
Il y a quelques mois seulement, le président Denis Sassou Nguesso l’avait décorée chevalière de l’Ordre national du Mérite lors du 65e anniversaire de l’indépendance du Congo. Le nouvel honneur, ponctué d’applaudissements virtuels, prolonge cette reconnaissance nationale en rayonnement continental.
Pointe-Noire, terre d’accueil du prix
Du 12 au 14 décembre, la salle polyvalente La Loandjili se muera en coulisses effervescentes. Entre concerts, tables rondes et ateliers, l’événement réunira créatrices, diplomates et philanthropes décidées à valoriser le leadership féminin africain.
Pour la municipalité, c’est une opportunité touristique et économique. Des chambres d’hôtels au petit commerce, la cité pétrolière s’active afin d’offrir le meilleur visage possible. Le comité d’organisation assure que plus de vingt nationalités sont attendues.
Les autorités locales promettent un dispositif sécuritaire rassurant et des navettes écologiques, signe que l’artiste évolue désormais dans des événements aux standards internationaux. « Un prix de cette envergure montre que Pointe-Noire n’est pas qu’un hub énergétique : c’est aussi un foyer créatif », souligne une élue.
Le slam, boussole sociétale
Née en 2015 de la scène open-mic brazzavilloise, la voix de Moukengue résonne comme une sirène douce-amère. Ses textes traitent sans détour de l’atomisation financière de la jeunesse, de la dépravation des mœurs ou du développement des mentalités, trois thèmes récurrents dans ses créations.
Son flow mêle slogans tranchants, proverbes lari, onomatopées jazz et silences calculés. Cette hybridation, nourrie d’afro-rap, lui permet d’exister au-delà des chapelles poétiques et de mobiliser un public intergénérationnel, souvent debout, doigts en V, repris par l’enthousiasme collectif.
Des psychologues scolaires rencontrés à Brazzaville vantent l’effet cathartique de ses ateliers d’écriture. Ils décrivent un espace où les adolescentes « domptent la colère et la transforment en vers ». Selon eux, cela participe à la prévention du banditisme juvénile.
Une ambassadrice du leadership féminin
Sur scène, la slameuse ne sépare jamais art et plaidoyer. Inspirée par Michelle Obama ou Kimpa Vita, elle martèle que l’émancipation passe par l’éducation et l’audace. Son propre parcours, de formatrice à critique d’art, illustre cette polyvalence dont elle fait un étendard.
Lors d’une récente masterclass à l’Institut français, elle a rappelé qu’« aucun plafond de verre n’est incassable ». En coulisses, des lycéennes l’attendaient pour des selfies, preuve que le modèle se diffuse. Moukengue revendique « un féminisme qui rassemble plutôt qu’il ne divise ».
Des organisations comme Women in Art Republic suivent sa progression et envisagent de la nommer marraine de programmes régionaux. Pour la directrice, « elle prouve que la créativité féminine congolaise s’exporte avec grâce et rigueur ». Ce réseau devrait amplifier son impact.
Cap sur Paris et au-delà
Avant de savourer la cérémonie de Pointe-Noire, l’artiste prépare son premier grand concert parisien prévu le 29 novembre à la 260 Music Factory. Elle promet un « poème vivant » où chaque souffle deviendra vert, référence subtile aux couleurs de l’espérance congolaise.
Les billets se vendent déjà en ligne, portés par sa diaspora fidèle. À Brazzaville, des projections collectives sont envisagées afin de suivre le show en direct. Cette synergie transatlantique confirme que les frontières se dissolvent quand parole et technologie se conjuguent.
Après Paris, des dates au Maroc, au Rwanda et au Ghana figurent dans les carnets. Moukengue dit vouloir « écouter le pouls de chaque ville pour y adapter mon souffle ». Son équipe explore aussi des collaborations avec des beatmakers sud-africains.
À trente ans, la poétesse ne cesse d’élargir son registre. Chaque pas, des studios locaux aux scènes internationales, atteste qu’un mot bien placé peut déplacer des montagnes. Le prix Global Unity Women International n’est donc pas un aboutissement, mais un tremplin vers d’autres cieux.
Vers un patrimoine culturel renouvelé
Les spécialistes de l’UNESCO rappellent que le slam pourrait bientôt intégrer l’inventaire du patrimoine immatériel congolais. Interrogé, le chercheur Jean-Brice Okombi estime que « la distinction de Mariusca accélère la prise de conscience : protéger cet art, c’est préserver notre mémoire collective ».
De grandes entreprises culturelles locales envisagent déjà des résidences itinérantes dans les écoles rurales, avec la slameuse comme mentor. L’objectif affiché est de démocratiser la prise de parole, de stimuler la confiance et de relier les villages à l’effervescence artistique nationale.










