Un souffle vert pour les PME tunisiennes
Dans les salons lumineux d’un hôtel de Tunis, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement a donné le coup d’envoi au Programme de financement d’une économie verte. Avec 59 millions d’euros, la Tunisie espère propulser ses micro, petites et moyennes entreprises vers un avenir bas carbone.
« L’enjeu est clair : soutenir la croissance tout en allégeant l’empreinte écologique », a résumé Antoine Sallé de Chou, chef du bureau BERD à Tunis. Le partenariat avec l’Union européenne conforte la crédibilité du dispositif et rassure des banques locales parfois frileuses face à l’innovation verte.
Des prêts adossés à la confiance européenne
Jusqu’à six établissements financiers tunisiens pourront accéder à des lignes de crédit non garanties. L’argent ne transitera pas par l’État mais directement par ces banques, qui deviendront les relais d’une finance durable encore trop rare dans le pays.
Pour Dalila Gharbi, économiste au ministère tunisien de l’Environnement, « ce mécanisme évite la lourdeur administrative et responsabilise le secteur bancaire, encouragé à détecter les projets capables de combiner rentabilité et impact climatique ».
Quatre leviers pour décarboner l’économie
Les dossiers éligibles devront toucher à l’efficacité énergétique, aux énergies renouvelables, à l’adaptation climatique ou à l’économie circulaire. Concrètement, l’on parle de toitures solaires, de chaudières moins gourmandes, d’irrigation goutte-à-goutte ou encore de recyclage de plastique.
Chaque projet sera évalué à l’aune des gains de CO₂. La BERD anticipe plus de 26 000 tonnes de carbone évitées chaque année, un chiffre modeste à l’échelle mondiale mais stratégique pour un tissu entrepreneurial qui emploie près de 60 % de la main-d’œuvre tunisienne.
La couverture de change, bouclier contre les turbulences
La volatilité du dinar reste une inquiétude récurrente pour les investisseurs. Le Programme s’appuie donc sur le Currency Exchange Fund ; l’UE y subventionne une couverture de risque qui protégera les banques locales des soubresauts monétaires.
Ce bouclier financier sécurise les remboursements et encourage des maturités plus longues, indispensables aux équipements énergétiques dont le retour sur investissement se compte en années.
Femmes et climat, même combat
Au-delà des chiffres, le volet d’assistance technique veut bousculer certains réflexes. Des sessions formeront le personnel bancaire à l’égalité de genre dans l’octroi de crédits verts. « Les entrepreneuses accèdent souvent plus difficilement aux prêts classiques ; le PFEV doit corriger cette asymétrie », explique Rym Ben Mlouka, consultante en inclusion financière.
Des incitations sont prévues pour les entreprises dirigées par des femmes adoptant des technologies performantes. Une manière de lier empowerment féminin et résilience climatique, deux leviers de compétitivité intimement liés selon la BERD.
Une recette déjà éprouvée
Le modèle n’est pas nouveau. Du Maroc au Kazakhstan, la BERD déploie depuis 2014 des lignes similaires et cumule 6,3 milliards d’euros investis. Près de 231 000 projets en ont bénéficié, évitant dix millions de tonnes de CO₂ par an.
Cette trajectoire rassure les observateurs locaux. « La banque a le recul et les outils pour accompagner nos PME », souligne l’analyste financier Mehdi Siala, qui suit depuis quinze ans les investissements verts dans la région.
Tunisie : ambitions climatiques et compétitivité
La Tunisie s’est engagée à réduire de 45 % son intensité carbone d’ici 2030. Les émissions ont néanmoins bondi de 35 % ces trois dernières décennies, sous l’effet d’une croissance énergivore et d’infrastructures vieillissantes.
En ciblant les secteurs productifs, le PFEV nourrit l’espoir d’une double amélioration : baisse des factures énergétiques et montée en gamme vers des marchés internationaux exigeants en matière de durabilité.
Les exportateurs textile, par exemple, voient déjà des donneurs d’ordre européens privilégier les fournisseurs à faible empreinte carbone. Accéder à ces nouveaux standards pourrait devenir un facteur clé de survie pour des milliers d’emplois.
Regards d’entrepreneuses sur la croissance verte
Dans les faubourgs de Sfax, Nesrine Saïdi pilote une PME d’emballages biodégradables. « Un prêt vert à taux préférentiel me permettrait d’automatiser ma chaîne sans exploser mes coûts énergétiques », affirme-t-elle, dossier déjà ficelé sous le bras.
À Nabeul, Nadia Kacem, créatrice de bijoux à base de déchets de verre, mise sur l’économie circulaire pour séduire une clientèle touristique attentive à l’éthique. « Le financement durable n’est pas une mode, c’est une assurance avenir », insiste-t-elle.
Ces voix d’entrepreneuses rappellent que la transition écologique passe par l’audace des femmes et des hommes de terrain, soutenus par des outils financiers adaptés.










