Massengo en fête pour les 40 ans de Sœur Eliane

Un anniversaire d’émeraude célébré à Massengo

Sous la lumière tamisée de la chapelle Notre-Dame Auxiliatrice, le 6 septembre 2025, la communauté chrétienne de Massengo a retenu son souffle pour honorer les quarante ans de vie religieuse de Sœur Eliane Julienne Boukaka.

Entre les bancs, des fidèles venus des paroisses Sainte-Bernadette de Casis et Saint-Grégoire de Massengo-Kingoma entonnaient des hymnes, tandis que les cierges projetaient sur les murs un ballet de lueurs émeraude rappelant le thème du jubilé.

Présidée par Mgr Urbain Ngassongo, évêque de Gamboma et vice-président de la Conférence épiscopale du Congo, la messe rassembla une vingtaine de prêtres, révélant la portée ecclésiale d’un engagement entamé en 1985.

Une vocation née dans l’engagement féminin

Dans son homélie-témoignage, l’abbé Matthieu Bakanina a rappelé la jeune fille qu’était Eliane, décidant en 1985 de se consacrer à Dieu malgré les doutes de son entourage, et prononçant ses premiers vœux sous le regard de Mgr Barthélemy Batantu.

Quatre décennies plus tard, la religieuse chemine toujours dans la même intuition : faire résonner la compassion, incarner la douceur mariale, porter la voix des femmes africaines au sein d’institutions souvent conduites par des hommes.

Son sourire, aperçu en fin de célébration, disait l’assurance conquise au fil des refus transformés en forces, des pas silencieux dans les couloirs de l’université aux premières visites des malades qu’elle réconforte désormais chaque semaine.

L’empreinte sociale de la Congrégation Notre-Dame Auxiliatrice

Fondée au XIXᵉ siècle par Sœur Eugénie, la Congrégation Notre-Dame Auxiliatrice de Marie Immaculée a inscrit son charisme dans l’aide aux personnes vulnérables, des orphelinats rurales aux dispensaires urbains.

À Massengo, la chorale Notre-Dame Auxiliatrice, qui porta la liturgie ce jour-là, rappelle que la musique sert de passerelle entre spiritualité et responsabilité sociale, chaque répétition invitant les jeunes filles du quartier à rêver plus haut.

Des prêtres présents, l’abbé Christel Barthel Ganao a confié en marge de la messe que « le témoignage de Sœur Eliane inspire les séminaristes à voir la pastorale comme un service concret avant d’être une théologie ».

L’appel solidaire de l’Association Accompagner

Au-delà du rite, la jubilaire a tourné les regards vers l’Association congolaise Accompagner, réseau de professionnels de santé bénévoles qu’elle anime depuis Moungali pour offrir des soins palliatifs aux malades démunis.

Elle rappelle souvent que « sans moyens rien ne peut se faire », invitant donateurs, diaspora et entreprises locales à rejoindre l’élan pour maintenir les stocks de morphine, de compresses et d’écoute psychologique.

Dans la chapelle, l’évêque Urbain Ngassongo a salué cet engagement, soulignant que la charité gagne en crédibilité lorsque les gestes répondent aux souffrances quotidiennes, loin des projecteurs mais au cœur de la ville.

La nécessité d’un soutien durable se lit dans les couloirs modestes du centre Sadisana, où chaque lit raconte une histoire de dignité retrouvée grâce aux mains silencieuses de l’équipe médicale et aux encouragements discrets de la sœur.

Témoignages et perspectives de la jubilaire

Interrogée après la célébration, Sœur Eliane a confié voir dans ses quarante ans « une simple escale », persuadée que l’Église a encore besoin de figures maternelles pour accompagner la transition numérique et écologique des communautés.

Parmi les participantes, Grâce Mvoula, étudiante en sciences sociales, dit quitter la chapelle avec la conviction « qu’une femme africaine peut tracer sa voie entre spiritualité, études et action sociale sans renoncer à la beauté de ses racines ».

La célébration a finalement laissé place à un repas fraternel dans la cour du centre, occasion d’échanges intergénérationnels où novices, prêtres et laïcs ont partagé manioc, poisson braisé et souvenirs sur fond de rumba douce.

Dans ce tourbillon chaleureux, les paroles d’une adolescente retentissaient : « je veux être comme elle, aider ceux qu’on oublie ». Un rêve semé, nourri de chants et de promesses, qui résume peut-être le sens d’un jubilé.

À mesure que le soleil déclinait sur Massengo, la chasuble verte de Mgr Ngassongo se confondait avec les tissus wax des femmes, rappelant que la foi, la culture et la solidarité tissent ensemble la trame d’une cité apaisée.

Sous les applaudissements, la jubilaire a renouvelé sa promesse à Marie ; un geste silencieux, mais dont la résonance, depuis Brazzaville jusqu’aux villages, continue d’encourager l’engagement féminin pour une société plus douce et plus juste.

Quarante ans se sont écoulés, mais l’histoire, elle, reste ouverte ; elle se poursuivra dans chaque main tendue, chaque école visitée, chaque prière murmurée, preuve que la vocation, loin de s’achever, se réinvente au quotidien.

Un héritage à cultiver

Pour de nombreux observateurs, le jubilé s’inscrit aussi dans l’histoire contemporaine du Congo, où l’État mise sur les partenariats avec la société civile pour renforcer l’accès à la santé et à l’éducation, domaines que la sœur sillonne quotidiennement.

Les quarante prochaines années dépendront de la capacité des jeunes Congolaises à prendre le relais : certaines songent déjà à rejoindre la Congrégation, d’autres à créer des start-up solidaires, toutes inspirées par la même éthique du soin et de l’espoir.