Des résultats semestriels en forte hausse
Réunie à Lomé le 26 août 2025, la CRRH-UEMOA a présenté des chiffres d’activité qui confirment la progression entamée depuis cinq ans. Le produit net bancaire atteint 9,8 milliards de francs CFA, soit une hausse de 18 % par rapport au premier semestre 2024.
Le conseil, présidé par Thierry Tanoh, a également validé un résultat net semestriel de 4,1 milliards de francs CFA, affichant une croissance de 22 %. La marge d’intérêt se maintient grâce à la diversification des sources de refinancement opérée auprès de vingt-sept institutions de dépôt.
Cette performance survient dans un contexte marqué par une tension persistante sur les taux directeurs de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, ce qui souligne la capacité de la CRRH-UEMOA à absorber le surcoût du capital tout en maintenant son rôle d’amortisseur sectoriel.
Un modèle de refinancement éprouvé
Depuis sa création en 2010, la caisse fonctionne selon un mécanisme de refinancement mutualisé permettant aux banques actionnaires d’adosser leurs portefeuilles de prêts immobiliers à des ressources longues. Le principe est d’émettre des obligations sécurisées dont la notation reste élevée dans la zone.
Thierry Tanoh rappelle que « le taux moyen des obligations CRRH-UEMOA émises en 2025 s’établit à 5,7 %, inférieur de 150 points de base au coût moyen des banques isolées ». Ce différentiel constitue, selon lui, un avantage concurrentiel significatif face aux alternatives de marché.
La maturité moyenne des lignes de crédit atteint aujourd’hui dix-huit ans, un horizon rarement accessible dans les marchés sous-régionaux. Cette profondeur temporelle confère aux ménages un amortissement soutenable et participe à l’ancrage social d’une classe moyenne urbaine aspirant à la propriété.
Impact macroéconomique dans l’UEMOA
Selon le dernier rapport semestriel, les refinancements cumulés de la CRRH-UEMOA ont dépassé 600 milliards de francs CFA, finançant plus de 15 000 logements neufs dans huit pays. L’effet multiplicateur sur l’emploi dans le BTP représente environ 45 000 postes directs et indirects.
Dans un environnement où le déficit annuel de logements est évalué à 500 000 unités, ces interventions restent toutefois marginales. Les économistes estiment qu’une montée en charge à 1 000 milliards de refinancement annuel serait nécessaire pour stabiliser la courbe démographique de l’habitat urbain.
Le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, salue néanmoins « un instrument contracyclique qui amortit les chocs économiques tout en soutenant la demande intérieure ». Selon lui, le logement favorise la résilience des ménages face aux épisodes inflationnistes en constituant une épargne forcée.
Gouvernance et solides indicateurs prudentiels
La solvabilité de l’institution reste confortable avec un ratio de fonds propres de 22 %, nettement au-dessus du seuil prudentiel de 8 % exigé par l’Union bancaire de l’UEMOA. Les administrateurs ont décidé de capitaliser 40 % du résultat pour consolider cette position.
Un audit externe mené par KPMG ne relève aucune anomalie significative dans les procédures de gestion des risques. L’agence de notation WARA a maintenu la note à A+ avec perspective stable, citant « une politique de collatéral rigoureuse et une transparence financière conforme aux standards internationaux ».
Pour accroître l’inclusivité, le conseil a approuvé l’entrée au capital de deux banques rurales, portant à trente-trois le nombre d’actionnaires. Cette décision devrait élargir la couverture géographique du refinancement et renforcer la diffusion du crédit dans les zones périurbaines.
Perspectives stratégiques 2025-2027
Le plan d’affaires prévoit l’émission d’obligations vertes destinées à financer les logements à haute efficacité énergétique. La CRRH-UEMOA espère capter 200 millions d’euros auprès d’investisseurs socialement responsables, en s’appuyant sur un second-avis de la Climate Bonds Initiative attendu pour fin 2025.
Parallèlement, un projet pilote de titrisation des créances hypothécaires est à l’étude avec la Banque mondiale afin de libérer du capital pour les banques partenaires. Cette opération constituerait une première dans l’UEMOA et créerait une courbe de taux domestique de référence.
Les administrateurs ont également ouvert la voie à une adhésion future des institutions de microfinance répondant aux critères prudentiels. Une telle extension pourrait doubler le réseau de distribution du crédit immobilier et renforcer l’inclusion financière des fonctionnaires, commerçants et travailleurs informels.
Atouts pour les investisseurs internationaux
Le maintien d’une notation élevée, la liquidité des titres sur le marché régional et l’exonération fiscale sur les coupons constituent un triptyque attractif pour les investisseurs globaux. Les fonds domiciliés à Abidjan, Paris et Casablanca ont absorbé 65 % des émissions au premier semestre 2025.
La Banque africaine de développement envisage d’introduire, via son guichet non souverain, une ligne de garantie partielle de crédit afin d’abaisser le coût de couverture des investisseurs institutionnels. Ce dispositif pourrait renforcer la liquidité secondaire des obligations et soutenir leur inclusion dans les indices panafricains.
Pour les observateurs basés à Brazzaville, la trajectoire de la CRRH-UEMOA constitue un cas d’étude pertinent pour la zone CEMAC, où un projet similaire est à l’agenda des autorités. Le partage d’expérience pourrait accélérer l’intégration financière sans créer de rivalité entre les unions monétaires.










