Laptops et e-certifs : la jeunesse congolaise accélère

Une remise d’ordinateurs symbole de la transition numérique

Dans la salle baignée de lumière du siège brazzavillois de la Fondation MTN, une vingtaine d’ordinateurs portables ont changé de mains. Le geste paraît simple ; il souligne pourtant l’accélération d’une ambition nationale : outiller la jeunesse à l’ère du tout-numérique.

En remettant ces machines, la directrice exécutive Vanessa Tsouma a rappelé que le programme MTN Skill Academy veut délivrer dix mille certifications en douze mois. L’objectif dialogue avec la stratégie gouvernementale de transformation numérique, inscrite dans le Plan national de développement 2022-2026.

La cérémonie du 19 août survient après six mois d’expérimentation. Sur la plateforme Coursera, sept mille certificats ont déjà été engrangés, majoritairement dans l’analyse de données, le marketing digital et la cybersécurité, des créneaux identifiés comme porteurs pour l’économie congolaise en mutation.

Partenariat public-privé et vision gouvernementale

Derrière cette initiative privée, les observateurs voient se dessiner un partenariat public-privé discret mais structurant. Les autorités l’encouragent, conscientes que l’État ne peut à lui seul absorber les besoins de formation issus d’une population dont plus de 60 % a moins de 25 ans.

L’entreprise bénéficie en retour d’un capital-sympathie précieux et d’un vivier de compétences. « MTN n’est plus seulement un opérateur, c’est un compagnon de route », souffle Jeanstel Bazaba, lauréat de 2023, évoquant un sentiment de co-construction plutôt qu’une dépendance à l’égard d’un sponsor.

Dans les couloirs, on rappelle souvent que le Congo a relié en 2020 son principal datacenter au câble sous-marin WACS. Sans ressources humaines qualifiées, cet investissement resterait sous-exploité. D’où l’importance, selon l’économiste Mireille Mabiala, de programmes capables de massifier l’apprentissage en ligne.

Trajectoires exemplaires des jeunes lauréats

Les critères de sélection combinent performance académique et motivation individuelle. Les évaluations, d’abord en présentiel puis sur la base d’un portfolio de certificats, limitent l’effet d’aubaine. Le message est clair : l’ordinateur symbolise un engagement personnel, non une gratification ponctuelle.

Pour Claive Modeste Fouti Makaya, auteur de 85 certifications, « la modularité des cours permet de bâtir un profil polyvalent ». Gestion de projet le matin, ressources humaines l’après-midi : la flexibilité ouvre la voie à des micro-spécialisations recherchées par les start-up locales.

Le programme attire aussi des jeunes actifs en reconversion. « Je voulais comprendre la data-visualisation pour mieux défendre nos rapports financiers », confie Grâce Louamba, comptable dans une PME pétrolière. Cette porosité entre secteurs favorise un transfert de savoirs inédit dans l’écosystème congolais.

Compétences recherchées par le marché congolais

Selon l’Agence de régulation des postes et communications électroniques, les métiers du numérique pourraient générer 15 000 emplois directs d’ici à 2025. Toutefois, les employeurs signalent un déficit de compétences dites transversales : gestion de projet agile, design thinking ou rédaction technique.

Les cours en ligne, conçus par des universités partenaires, incluent précisément ces modules. Ils intègrent également des volets sur l’éthique des données, enjeu stratégique au moment où le Congo finalise son cadre légal sur la protection des informations personnelles.

Les lauréats bénéficient d’un accompagnement post-formation. Mentorat, hackathons et séances de réseautage s’enchaînent pour faciliter l’employabilité. MTN indique qu’un premier suivi, réalisé trois mois après la certification, montre un taux d’insertion ou de promotion interne supérieur à 60 %.

Effets sociétaux d’un ordinateur partagé

Au-delà des indicateurs, le programme porte une dimension sociétale. En zone péri-urbaine, l’équipement individuel reste limité ; un ordinateur devient outil de travail collaboratif pour la fratrie et parfois pour le voisinage, créant des micro-pôles d’apprentissage informel.

L’anthropologue Alain Nsonde y voit un effet d’entraînement : « Le foyer connecté devient un espace d’innovation sociale, propice à l’émergence de projets communautaires, du tutoriel de couture numérique à la plateforme de vente de produits maraîchers », décrit-il, chiffres à l’appui.

Des défis subsistent : coût de la connectivité hors des grandes villes, alimentation électrique instable ou encore sécurisation des données. MTN assure travailler avec l’Agence nationale des infrastructures numériques pour étendre la couverture 4G et promouvoir des hubs solaires.

Perspectives nationales et régionales

Sur le plan macro-économique, la Banque africaine de développement estime que chaque augmentation de 10 % du taux de pénétration Internet ajoute 1,4 % au PIB national. Les initiatives de requalification des jeunes s’inscrivent dès lors dans une logique de croissance partagée.

Les partenaires académiques locaux, universités publiques en tête, envisagent d’adosser les certifications internationales à leurs propres cursus. Un système de crédits transférables est à l’étude, afin de rendre la formation continue pleinement compatible avec les diplômes nationaux.

Pour l’heure, les ordinateurs remis à Brazzaville laissent entrevoir d’autres remises dans les chefs-lieux départementaux. Les lauréats repartent sous les applaudissements, mais surtout avec la responsabilité de prouver qu’un clic, désormais, peut soutenir la diversification économique du Congo.