UEMOA : des indicateurs au vert, investisseurs alertes

Une dynamique régionale confirmée

En franchissant la barre des 5,8 % pour les activités commerciales en juin 2025, l’Union économique et monétaire ouest-africaine confirme la reprise enclenchée au début de l’année. Les données publiées à Dakar par la BCEAO dessinent un paysage macroéconomique plus robuste que prévu.

Cette progression succède à une hausse de 3,7 % observée en mai. Le mouvement souligne la plasticité des chaînes d’approvisionnement régionales, portées par le redéploiement logistique post-pandémie et la remontée des cours des matières premières agricoles, piliers des exportations ouest-africaines.

Chiffres clés de juin 2025

La production industrielle a bondi de 12,1 %, doublant presque son rythme de mai. Les raffineries de produits pétroliers côtoient désormais des unités agro-alimentaires modernisées, preuve que la diversification industrielle, prônée par les plans nationaux, commence à porter ses fruits.

Les services marchands progressent de 9 %, après 9,8 % en mai. Légère décélération, mais le niveau reste élevé grâce au retour des flux touristiques, à la digitalisation accélérée des paiements et à la montée en puissance des plateformes logistiques urbaines.

Moteurs commerciaux en effervescence

Plusieurs corridors terrestres, du port de Lomé au nord du Burkina Faso, gagnent en fluidité grâce aux réformes douanières. Les transitaires interrogés à Abidjan évoquent « des délais réduits de moitié », condition indispensable au maintien d’une croissance commerciale supérieure à 5 %.

Le moteur de la demande interne reste la consommation des classes urbaines émergentes. Les ventes de biens semi-durables, téléphonie mobile en tête, tirent parti de la banalisation du crédit de détail, souvent indexé sur les flux mobiles d’épargne.

Industrie : un redressement structurel

L’enquête mensuelle de la BCEAO signale une utilisation des capacités installées à 76 %, niveau inédit depuis 2014. Les autorités y voient les premiers effets de la politique régionale d’import-substitution, soutenue par des facilités de la BOAD et des partenaires multilatéraux.

Dans la zone franc, la stabilité monétaire continue de jouer un rôle de catalyseur. Le maintien d’une inflation annualisée autour de 4,3 % préserve le pouvoir d’achat des ménages et rassure les investisseurs industriels, soucieux de marges préservées.

Services marchands : baromètre de la confiance

Le dynamisme des services doit beaucoup aux fintechs qui, selon l’Observatoire régional des paiements, traitent désormais 38 % des transactions quotidiennes. Cet écosystème réduit l’informalité et offre aux PME un accès inédit aux statistiques de vente en temps réel.

Les hubs numériques de Dakar, Abidjan et Cotonou attirent capital-risque et compétences africaines issues de la diaspora. Pour Ndeye Fall, analyste chez AfricInvest, « le secteur tertiaire devient le pont naturel entre innovation locale et intégration continentale ».

Climat des affaires supérieur à la moyenne

À 101,3 points, l’indicateur reste au-dessus de la tendance longue. La résilience tient à la stabilité institutionnelle de l’UEMOA et à la concertation régulière entre gouverneurs, ministre des Finances et patronat régional réunis au sein du Conseil des investisseurs.

Les chefs d’entreprise interrogés saluent la prévisibilité réglementaire et la montée en gamme des infrastructures numériques. La connectivité, mesurée par le taux de couverture 4G, excède 70 % dans cinq États membres, niveau qui réduit significativement les coûts de transaction.

Implications pour les investisseurs internationaux

Les gestionnaires d’actifs basés à Londres voient dans ces indicateurs une confirmation de la thèse africaine « qualité-rendement ». Les euro-obligations émises par les États membres se négocient avec un spread en contraction de 30 points de base depuis mars.

La montée des notations, Standard & Poor’s ayant récemment relevé la perspective de deux pays de la zone, ouvre la voie à des émissions durables, segment prisé des fonds ESG. Les autorités régionales entendent mobiliser ces ressources pour les infrastructures vertes.

Synergies avec la CEMAC et le Congo-Brazzaville

La progression de l’UEMOA crée un appel d’air pour la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale. À Brazzaville, le ministère de l’Économie souligne « la complémentarité naturelle des deux unions » et prévoit une relance des échanges transfrontaliers de produits agro-forestiers.

Le corridor Pointe-Noire–Dolisie–Bamako, en cours de réhabilitation, illustre cette volonté. Financée conjointement par la Banque africaine de développement, l’œuvre facilitera le déploiement de chaînes logistiques mixtes où chaque espace régional valorise son avantage comparatif, sans rivalité institutionnelle.

Perspectives macroéconomiques 2025-2026

La BCEAO table sur une croissance régionale de 6,4 % pour 2025, portée par l’investissement public et les IDE. L’institution reste vigilante sur les aléas climatiques susceptibles d’affecter la récolte de cacao et d’anacarde, vecteurs de devises.

Les gouvernements, soutenus par le Fonds monétaire international, adoptent des budgets 2026 orientés vers l’éducation et la santé, cherchant à convertir la croissance en gains durables de capital humain. Cette orientation devrait stabiliser la trajectoire d’endettement à moyen terme.

Regards d’experts

Pour Mariam Sanogo, professeure de sociologie économique à l’Université de Ouagadougou, « la confiance exprimée par les chefs d’entreprise n’est pas qu’un indicateur financier ; elle révèle une cohésion sociale qui se nourrit de perspectives d’emploi crédibles ».

L’économiste camerounais Joseph Ondongo insiste, lui, sur l’importance de la gouvernance : « la convergence nominale réussira si elle s’accompagne d’un contrôle citoyen des dépenses publiques et d’une digitalisation accrue des procédures administratives ».

Ce qu’il faut retenir

Commerce, industrie et services convergent vers une trajectoire ascendante, soutenus par un climat des affaires supérieur à la moyenne de long terme. Les indicateurs valident la stratégie d’intégration économique de l’UEMOA et renforcent l’attrait des investisseurs pour l’ensemble de l’espace franco-africain.