Deve Maboungou : le Congo relie Bunyoro à Paris

Contexte et annonce officielle

Le Royaume de Bunyoro-Kitara, monarchie traditionnelle d’Ouganda, a validé le 15 mai la nomination de Deve Maboungou au rang d’Ow’Isaza, représentant auprès de la République française et des territoires d’Outre-mer, sous la signature de l’Omukama Solomon Gafabusa Iguru Iᵉʳ.

Le décret royal, transmis depuis Hoima, a aussitôt circulé dans les chancelleries africaines et européennes, puis confirmé par le service de presse personnel de Maboungou, titulaire de la double nationalité congolaise et française, habitué des réseaux culturels transcontinentaux.

À Brazzaville, la nouvelle a été accueillie comme « une opportunité supplémentaire d’inscrire le Congo au cœur des dialogues africains de nouvelle génération », selon un conseiller au ministère des Affaires étrangères, qui salue « la reconnaissance croisée des légitimités coutumières et républicaines ».

Une nomination diplomatique au parfum historique

Le titre d’Ow’Isaza s’enracine dans la tradition bantoue, conférant au titulaire un rôle de relais protocolaire, mais également de veille stratégique sur les partenariats extérieurs du royaume, une institution réactivée depuis 1993 à la restauration officielle de la monarchie banyoro.

Deve Maboungou rejoint ainsi d’autres envoyés royaux répartis sur trois continents, illustrant la volonté du trône d’élargir son influence par la diplomatie d’inspiration patrimoniale, concept qui associe récit historique, soft power culturel et valorisation de l’économie locale.

« Nous ne jouons ni les nostalgiques ni les folkloristes ; nous cherchons des débouchés durables pour notre jeunesse », a précisé à distance le Premier ministre royal Andrew Byakutaga, mettant en avant les secteurs de l’agro-transformation et du tourisme mémoriel.

Profil de Deve Maboungou, passerelle multinationale

Né à Pointe-Noire, formé à Paris en droit public puis en management culturel, Maboungou s’est forgé un réseau à l’UNESCO avant de rejoindre la délégation générale du Congo auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Son parcours l’a vu coordonner des programmes de coopération décentralisée entre collectivités françaises et africaines, avec un accent sur la transmission orale et la sauvegarde des patrimoines immatériels, expérience jugée décisive pour son nouveau mandat.

Proche des cercles d’affaires congolais, il dispose également d’un carnet d’adresses dans les studios audiovisuels ultramarins, un atout pour la diffusion de contenus patrimoniaux banyoro sur les chaînes d’outre-mer à forte audience africaine.

Bunyoro-Kitara, héritage d’un empire d’Afrique orientale

Le royaume revendique la continuité de l’Empire de Kitara, qui, du XIVᵉ au XVIIᵉ siècle, couvrait une partie de l’actuel Ouganda et des Grands Lacs, prospérant grâce à la métallurgie du fer et à l’élevage de long-horns, emblèmes encore visibles lors des cérémonies royales.

Sous Kabalega, chef charismatique du XIXᵉ siècle, Bunyoro-Kitara opposa une résistance farouche à l’expansion britannique, fait d’armes devenu un repère symbolique dans les mouvements panafricains pour la souveraineté, notamment cités par Nyerere et Lumumba.

La monarchie, réduite par la période coloniale, fut abolie en 1967, puis restaurée en 1993, avec une mission centrée sur la cohésion sociale, la médiation coutumière et la protection des forêts du bassin Albertin, zones à forte biodiversité.

Entre diplomatie culturelle et soft power

En privilégiant un représentant franco-congolais, le trône banyoro cible un espace francophone de plus de trois cents millions de locuteurs, estimant que la circulation des récits historiques peut renforcer l’attractivité touristique de la région d’Hoima et encourager les investissements responsables.

Selon la politologue Esther M. Nyamweya, « la diplomatie patrimoniale se double ici d’une stratégie de branding territorial, comparable aux initiatives du Rwanda autour du gorille ou du Bénin autour des bronzes restitués ».

Les autorités congolaises voient dans ce modèle un laboratoire d’influence soft power à faible coût, complémentaire des canaux multilatéraux classiques, utile pour promouvoir les industries créatives d’Afrique centrale.

Quels enjeux pour la France et les Outre-mer

La France, engagée dans une redéfinition de son partenariat africain, observe avec intérêt la montée en puissance des monarchies culturelles, jugées capables de fluidifier les relations société civile-État, un atout pour des projets de coopération triangulaire financés par l’Agence française de développement.

Outre-mer, notamment en Martinique et à La Réunion, les collectivités territoriales disposent de fonds dédiés aux échanges Sud-Sud, dont pourrait bénéficier Bunyoro-Kitara via des programmes de formation dans l’agroécologie ou le numérique patrimonial.

Le Quai d’Orsay estime que la figure biculturelle de Maboungou facilitera l’arrimage des priorités climatiques, sujet convergent entre l’Afrique des Grands Lacs et les territoires insulaires français exposés aux cyclones.

Perspectives régionales et rôle du Congo-Brazzaville

Brazzaville, sans remettre en cause les cadres régionaux existants, pourrait capitaliser sur la proximité linguistique et géographique avec l’Ouganda pour initier un corridor culturel Congo-Bunyoro, prolongement symbolique du bassin du Nil à l’Atlantique, évoqué lors du dernier Forum des rivières africaines.

Les observateurs rappellent que le président Denis Sassou Nguesso soutient depuis plusieurs années la diplomatie culturelle comme outil de paix et a, à plusieurs reprises, encouragé les initiatives panafricaines transcendantes, un positionnement qui trouve ici une illustration concrète et potentiellement fédératrice.