Brazzaville, le ticket qui refuse de redescendre

Rareté du carburant et inflation sectorielle

Durant le premier semestre 2023, Brazzaville a traversé une phase de rareté intermittente du carburant, conséquence conjuguée de contraintes logistiques sur le corridor Pointe-Noire–Brazzaville et d’une reprise post-pandémie qui a surpris les opérateurs. Dans un marché où plus de 80 % des déplacements quotidiens s’effectuent par minibus et taxis collectifs, la tension sur l’offre de carburant s’est immédiatement traduite par une hausse des coûts d’exploitation. Plusieurs syndicats de transporteurs ont alors procédé à un relèvement des tarifs, invoquant une « nécessité de couverture des charges variables », selon les termes de leur mémorandum adressé aux autorités locales en avril.

Entre rationalité économique et impératif social

Si la pénurie s’est résorbée depuis la mi-août, les prix demeurent supérieurs au barème officiel de 150 F CFA par trajet urbain. Pour le professeur Dieudonné Ottou, économiste des transports à l’Université Marien-Ngouabi, « les transporteurs cherchent à reconstituer leur trésorerie après plusieurs semaines de baisse de fréquentation ; ils anticipent également des fluctuations futures des coûts énergétiques ». Cette position, compréhensible d’un point de vue micro-économique, se heurte toutefois au pouvoir d’achat des ménages. Une enquête flash du Centre national de statistique signale qu’un foyer brazzavillois consacre désormais près de 18 % de ses dépenses mensuelles à la mobilité, contre 12 % avant la crise de carburant.

L’État stratège face aux défis de mobilité urbaine

Conscient des tensions socio-économiques, le gouvernement a privilégié une approche graduelle. Le ministère des Transports a confirmé, par voie de communiqué le 3 septembre, le maintien du tarif de référence à 150 F CFA tout en ouvrant un cycle de concertation tripartite avec transporteurs et organisations de consommateurs. Dans l’immédiat, des exonérations temporaires de droits d’importation sur les pièces détachées ont été octroyées afin de contenir les coûts de maintenance des flottes privées. Parallèlement, la relance programmée de la Société des transports publics urbains (STPU) s’appuie sur un partenariat public-privé prévoyant l’introduction, dès 2024, de cent autobus à propulsion gaz naturel comprimé, plus économiques et moins émissifs. Le chef de la Cellule des grands projets, Louis-Patrick Okemba, rappelle que « l’objectif n’est pas de concurrencer le secteur privé, mais de fixer un étalon tarifaire et qualitatif ».

Perspectives d’intégration régionale et écologisation

Au-delà des ajustements immédiats, la question des tarifs brazzavillois renvoie à la modernisation globale de la mobilité dans les capitales africaines. Le projet de corridor fluvial Brazzaville-Kinshasa soutenu par la Communauté économique d’Afrique centrale pourrait, à terme, désengorger les artères urbaines en favorisant une intermodalité actuellement embryonnaire. De même, l’intégration, dans les politiques publiques, d’objectifs environnementaux offre une fenêtre d’opportunités : l’Agence congolaise pour la transition écologique élabore un plan d’incitation à l’électrification partielle des flottes, inscrivant la dynamique tarifaire dans une perspective durable.

Un équilibre à trouver

La trajectoire post-pénurie du prix du billet collectif à Brazzaville illustre la complexité d’un secteur où se croisent impératifs économiques, attentes sociales et mutations écologiques. Le retour à un tarif soutenable ne saurait se décréter ; il résultera d’une convergence graduelle entre régulation publique, innovations entrepreneuriales et responsabilité citoyenne. En ce sens, la capitale congolaise dispose d’atouts logistiques et politiques pour faire émerger un modèle de transport urbain résilient qui, sans renier la réalité des coûts, garantisse l’accessibilité pour tous.