Mouyondzi, matrice d’une modernisation rurale
Depuis la création de la communauté urbaine en 2017, Mouyondzi s’impose comme une micro-centralité en devenir dans le département de la Bouenza. Adossée à un terroir déjà quadrillé par de petites exploitations vivrières, la ville se trouve au cœur d’un faisceau d’itinéraires routiers reliant Pointe-Noire, Dolisie et Brazzaville. Cette situation permet à la production locale – manioc, arachide, maïs, palmier à huile – d’alimenter sans intermédiaires excessifs un marché national en quête de souveraineté alimentaire.
Pour Anne Marie Claudine Kabala, élue à la tête de la municipalité lors des dernières consultations locales, le temps semble venu d’institutionnaliser cette vocation agricole. « Notre capital foncier et humain est un avantage compétitif ; il nous appartient désormais de le transformer en moteur de création de valeur », explique-t-elle, invoquant le cadre stratégique du Plan national de développement 2022-2026 qui met l’accent sur l’agro-business comme pilier de diversification économique.
Chaînes de valeur et coopératives : la méthode Kabala
Le projet municipal se décline en plusieurs séquences. La première vise la structuration foncière. Alors que 68 % des parcelles cultivées demeurent non cadastrées, la mairie travaille avec le cadastre départemental pour sécuriser juridiquement les terres et faciliter l’accès aux crédits d’investissement. Parallèlement, un dispositif d’incitation fiscale cible les jeunes diplômés tentés par l’entreprenariat agricole, conformément aux recommandations du Fonds international de développement agricole.
La seconde séquence promeut les dynamiques collectives. Le diagnostic territorial réalisé en avril 2024 révèle que les exploitations inférieures à deux hectares peinent à franchir le seuil de rentabilité. D’où l’appel du maire à la mutualisation : « C’est plus facile d’obtenir un financement lorsque l’on sollicite la banque en groupement que dans l’isolement ». Cette orientation vers le modèle coopératif ambitionne d’atteindre un volume suffisant pour justifier la mise en place d’unités de transformation locales, du séchage du manioc à l’extraction artisanale d’huile de palme.
Troisième volet : la professionnalisation des filières. Un partenariat est en gestation avec l’Institut national de recherche agronomique pour diffuser des variétés améliorées résistantes aux stress hydriques, tandis qu’un protocole avec l’Agence française de développement prévoit l’installation de mini-centrales solaires destinées à électrifier les zones de production et réduire les pertes post-récolte.
Approvisionnement en eau : l’autre priorité structurante
Le volontarisme agricole de Mouyondzi ne saurait prospérer sans la sécurisation de la ressource hydrique. La saison sèche, de juin à septembre, réduit le débit des sources et fait basculer certains quartiers dans la précarité sanitaire. « Nous perdons jusqu’à 30 % de notre productivité faute d’irrigation et les ménages consacrent jusqu’à trois heures par jour à la recherche d’eau », résume un technicien de la direction départementale de l’hydraulique.
Pour inverser la tendance, la municipalité, appuyée par un consortium de bailleurs asiatiques, prépare un plan d’alimentation en eau potable articulé autour de trois forages profonds et d’un réseau de distribution gravitaire. Les études géophysiques réalisées fin 2023 confirment la présence d’une nappe à 140 m, capable de délivrer 60 m³ par heure, volume jugé compatible avec la croissance démographique projetée à 4 % l’an. Le chantier prévoit également la réhabilitation des bornes-fontaines existantes et l’installation de compteurs intelligents dans les établissements scolaires, afin de promouvoir une culture de sobriété.
Au-delà du volet domestique, cette infrastructure hydrique doit soutenir l’irrigation parcellaire. Des canalisations secondaires alimenteront des bassins de stockage en amont des périmètres agricoles, autorisant une double récolte annuelle pour le maïs et limitant la pression anthropique sur les rivières de surface.
Vers une gouvernance territoriale inclusive
Le programme porté par la maire de Mouyondzi illustre une tendance certaine à la territorialisation des politiques publiques en République du Congo : l’initiative locale devient le levier privilégié de la résilience communautaire. En mettant l’accent sur la concertation – réunions de quartiers, permanence mobile du maire, plateformes de suivi citoyen – l’équipe municipale cherche à conjuguer développement et cohésion sociale, dans un contexte où la jeunesse, majoritaire, revendique sa place dans la création de richesses.
La dimension de durabilité imprègne enfin l’ensemble du projet. L’utilisation de fertilisants organiques issus du compostage des déchets ménagers, l’obligation d’une ceinture d’arbres autour des nouvelles exploitations et la formation des agricultrices à l’agroforesterie témoignent d’une volonté de conjuguer productivité et préservation de l’environnement. « Les retours d’expérience de Bouaké et de Bobo-Dioulasso montrent que la durabilité n’est pas un luxe mais une assurance-vie pour nos terroirs », souligne un consultant du Programme alimentaire mondial invité à accompagner la mairie.
À l’heure où le pays s’attelle à diversifier son économie tout en consolidant la paix sociale, l’expérience de Mouyondzi pourrait faire figure de démonstrateur. Reste à suivre la capacité de mobilisation financière et la durabilité des partenariats évoqués. Mais, dans une sphère où la réussite appelle souvent la réussite, la détermination affichée par Anne Marie Claudine Kabala pourrait bien entraîner d’autres communes rurales dans son sillage, esquissant le visage d’un Congo-Brazzaville réconcilié avec la modernité agricole tout en demeurant fidèle à ses ancrages communautaires.










