14 août : l’entreprise soigne sa culture

Une publication sous le sceau de la souveraineté

Le choix du 14 août, veille de la célébration du 65ᵉ anniversaire de l’accession de la République du Congo à la souveraineté internationale, ne relève pas du hasard. En plaçant son nouvel essai sous cette date hautement mémorielle, Milie Théodora Miéré offre, en creux, une réflexion sur la façon dont les nations comme les organisations se racontent et se projettent. La concordance des temps introduit un dialogue subtil entre la mémoire collective d’un État et la mémoire d’une entreprise, toutes deux façonnées par des récits, des symboles et des valeurs partagées.

Le parcours rigoureux d’une franco-congolaise

Docteure en sciences de l’information et de la communication, maîtresse de conférences hors classe habilitée à diriger des recherches à l’Université de Versailles – Paris-Saclay, directrice de recherches au Larequoi et membre de la chaire Réseaux & Innovations, Milie Théodora Miéré a construit une carrière où l’exigence scientifique côtoie l’ancrage culturel. Ses travaux antérieurs, qu’il s’agisse de ses quatre hommages familiaux parus en 2022 ou du récent « Réseaux numériques, téléphonie et mobilisation » (2024), témoignent d’une volonté de relier sphère académique et expériences sociales concrètes. L’autrice confiait récemment, lors d’un entretien en ligne avec la rédaction, « chercher à comprendre comment les réseaux de sens se forment et évoluent, qu’il s’agisse de liens familiaux, citoyens ou professionnels ».

La culture d’entreprise revisitée

Dans « Culture ou cultures d’entreprise », publié par L’Harmattan au sein de la collection Dynamique d’Entreprises, l’universitaire remonte aux années 1980, période où le management anglo-saxon popularise la notion de corporate culture. Loin d’une simple mise à jour terminologique, elle propose un retour critique sur les théories fondatrices afin de mesurer la pertinence des outils mobilisés aujourd’hui dans un environnement traversé par la numérisation, les attentes sociétales et la transition écologique. L’essai soutient que l’identité d’une organisation ne se réduit jamais à un monolithe mais s’élabore dans l’articulation de cultures plurielles, souvent concurrentes, qu’il convient d’harmoniser plutôt que d’écraser.

Transmission des valeurs et conduite du changement

Un fil rouge parcourt l’ouvrage : sans dispositif de transmission explicite, la conduite du changement demeure un voeu pieux. En s’appuyant sur des enquêtes qualitatives menées dans des entreprises industrielles et de services, Milie Théodora Miéré observe que les salarié·es ajustent leurs interprétations des missions de l’entreprise à partir d’un faisceau de signaux, formels et informels. La communication managériale, lorsqu’elle se contente de slogans, rate sa cible. « La culture se vit plus qu’elle ne s’énonce », résume l’autrice, soulignant l’importance des rites organisationnels, des espaces de discussion et de la reconnaissance symbolique.

Enjeux pour les organisations africaines

Si l’analyse puise ses exemples principalement dans des terrains européens, l’essai ouvre des pistes pour les entreprises africaines engagées dans l’intégration régionale et la diversification économique. Au Congo-Brazzaville, l’émergence d’une classe moyenne urbaine et l’affirmation de pôles industriels dans les secteurs pétrolier, logistique et agro-alimentaire invitent à repenser la socialisation au travail. Les dirigeants interrogés à Brazzaville estiment que « la mise en cohérence des valeurs héritées et des pratiques contemporaines constitue un levier de performance collective ». Le propos rejoint les orientations nationales en faveur d’un climat d’affaires attractif et d’une gouvernance modernisée, louées récemment par plusieurs institutions régionales.

Réception attendue et perspectives

Les premières réactions dans les milieux académiques et managériaux laissent présager une réception attentive. Pour le politologue Édouard Ntsika, l’ouvrage « apporte un outillage conceptuel précieux aux décideurs africains qui veulent conjuguer compétitivité et cohésion ». Côté praticiens, une dirigeante d’une entreprise parapétrolière pointe « la clarté avec laquelle Miéré montre que la transformation digitale ne peut s’affranchir d’un récit collectif solide ». En plaçant son essai au carrefour de la communication, du management et de la sociologie, Milie Théodora Miéré signe un texte à la fois exigeant et accessible, qui devrait nourrir les réflexions stratégiques bien au-delà du 15 août.