Assainissement : l’axe Brazzaville-Lyon débouche

L’assainissement, une urgence aux contours partagés

Au fil des décennies, l’assainissement s’est imposé comme l’un des baromètres les plus fiables de la gouvernance urbaine. Pour Brazzaville comme pour de nombreuses métropoles françaises, la maîtrise des eaux usées, la gestion des boues et la protection des nappes phréatiques conditionnent désormais le bien-être collectif aussi sûrement que les indicateurs macro-économiques. En recevant, le 31 juillet, le maire de Charly – modeste commune de la région lyonnaise mais laboratoire reconnu de politiques environnementales – le président du Sénat congolais, Pierre Ngolo, a entériné une conviction : la bataille pour la salubrité se gagnera moins par de grands discours que par la circulation d’expériences concrètes.

« La France dispose d’entreprises aguerries dans de nombreux segments techniques, mais le Congo, lui, possède un terrain d’expérimentation à l’échelle d’un continent », a résumé le maire Olivier Araujo, rappelant que le taux de couverture en voirie drainante reste perfectible dans les deux pays. L’enjeu est double : réduire l’exposition des populations aux maladies hydriques et bâtir une économie circulaire capable de transformer les déchets en ressources. Les partenaires misent ainsi sur la mutualisation de leurs savoir-faire pour accélérer la modernisation des réseaux et l’adoption de standards internationaux.

Vers une diplomatie des communes et des territoires

Sous l’angle institutionnel, la démarche illustre le basculement progressif d’une diplomatie strictement étatique vers une diplomatie des collectivités. Depuis la réforme constitutionnelle de 2015, la République du Congo encourage ses municipalités à nouer des partenariats techniques directs avec leurs homologues étrangers, dans le respect du cadre national. La venue d’un élu français au Sénat congolais s’inscrit donc dans ce mouvement de décentralisation concertée, où le rôle de l’État se redéfinit davantage comme garant de la cohérence territoriale que comme opérateur unique.

Les échanges franco-congolais se veulent ainsi horizontaux : élus locaux, ingénieurs des services d’eau, associations d’usagers et entreprises liées à l’économie verte sont invités à bâtir une feuille de route commune. « Nous parlons ici d’un compagnonnage plus que d’une assistance », insiste un haut fonctionnaire du ministère congolais de l’Intérieur, convaincu que la réciprocité nourrit la légitimité politique des réformes. À terme, chaque collectivité partenaire devrait disposer d’un comité binationale chargé d’identifier les projets à haute valeur sociale, du compostage communautaire à la valorisation énergétique des déchets.

Décentralisation et ingénierie territoriale en perspective

La question de l’assainissement agit comme révélateur d’un chantier plus vaste : celui de la redistribution des compétences entre l’échelon central et les échelons locaux. Le Sénat congolais examine actuellement un projet de loi organique qui élargirait les marges budgétaires des communes pour les investissements d’infrastructure. Dans ce dispositif, la coopération française apparaît comme un accélérateur indirect, capable de doper la crédibilité des maires auprès des bailleurs multilatéraux.

Côté français, les communes périphériques de Lyon trouvent dans le partenariat une occasion de confronter leurs méthodes à des réalités démographiques et climatiques distinctes. En croisant des problématiques de crues du fleuve Congo, d’urbanisation rapide et de gestion de marchés à ciel ouvert, les techniciens rhônalpins éprouvent la robustesse de leurs solutions. Les retombées sont autant scientifiques que politiques : la diplomatie territoriale conforte à Paris l’image d’une coopération qui se réinvente loin des logiques d’assistance verticales du passé.

Enjeux socio-économiques et retombées attendues

Le Fonds bleu pour le bassin du Congo, les financements de l’Agence française de développement et les dispositifs européens pour le climat constituent autant de leviers qui pourraient être mobilisés. En conjuguant ces instruments à l’ingénierie publique locale, Brazzaville ambitionne de réduire de 30 % le coût annuel des maladies d’origine hydrique d’ici à 2030. Sur le plan macro-économique, la filière de l’assainissement pourrait générer plusieurs centaines d’emplois directs, notamment dans la fabrication de pavés écologiques et l’entretien de stations de traitement.

La dimension sociale n’est pas en reste. Les quartiers périphériques de la capitale, du PK45 à la Tsiémé, sont ciblés pour des programmes pilotes intégrant formation de jeunes plombiers, éducation à la gestion des déchets et micro-crédits pour les coopératives féminines. Selon un rapport conjoint des mairies de Brazzaville et de Charly, ces initiatives pourraient entraîner une baisse sensible des inégalités d’accès aux services urbains, renforçant ainsi la cohésion sociale et la confiance dans les institutions locales.

Perspectives d’une coopération technique renouvelée

La séquence politique actuelle offre une conjoncture favorable : les deux exécutifs affichent une volonté alignée de traduire l’accord de Paris sur le climat en réalisations tangibles. Le calendrier prévoit l’organisation, au premier semestre 2024, d’un forum franco-congolais de l’assainissement. Élus, sociétés d’ingénierie et centres de recherche y définiront des indicateurs communs de performance et un dispositif d’évaluation citoyenne, gage de transparence.

Au-delà des chiffres et des protocoles, l’initiative porte une dimension symbolique : celle d’un partenariat qui s’affranchit du prisme donateur-bénéficiaire pour privilégier la coproduction de solutions. « Nos territoires sont certes éloignés par la géographie, mais proches par la nécessité de repenser la gestion de nos communs », concluait Olivier Araujo à la sortie de l’audience. Entre Brazzaville et Lyon, la voie paraît désormais tracée ; il restera à transformer l’essai pour que l’eau, bien commun par excellence, cesse d’être vecteur de vulnérabilité et devienne facteur de prospérité partagée.