Choléra 2025 : Brazzaville renoue avec l’urgence

Vigilance sanitaire : un diagnostic posé sans délai

Le 23 juin 2025, dans le discret village de l’Île Mbamou, un tableau clinique familier des spécialistes de maladies hydriques se manifeste : vomissements, diarrhée aqueuse, déshydratation fulgurante. Le prélèvement acheminé au Laboratoire national de santé publique confirme, le 25 juillet, la présence de Vibrio cholerae. Dès le lendemain, le ministre de la Santé et de la Population, le professeur Jean-Rosaire Ibara, prononce l’état d’épidémie. La célérité de la déclaration contraste avec des épisodes antérieurs où la confirmation officielle s’était parfois fait attendre, retard pénalisant la mobilisation des moyens logistiques.

Selon le premier rapport de situation daté du 28 juillet, 187 cas sont déjà répertoriés, assortis de 21 décès. Ce ratio de létalité, supérieur aux standards visés par l’Organisation mondiale de la santé, illustre la virulence initiale du foyer, mais aussi la vigilance clinique ayant conduit à une notification exhaustive des cas graves.

Une riposte institutionnelle structurée

Aussitôt la déclaration d’épidémie signée, la cellule de crise interministérielle convoque les partenaires techniques internationaux. Le plan d’action arrêté comporte trois volets : surveillance épidémiologique renforcée, traitement immédiat des cas et prévention communautaire. L’État a réactivé les stocks stratégiques de sels de réhydratation orale et d’antibiotiques recommandés, tandis que 135 agents communautaires, formés lors de la flambée de 2023, ont été redéployés dans les zones rouge.

La riposte s’appuie également sur un financement d’amorçage issu du budget national de la santé, complété par le fonds de contingence de la CEMAC. La Banque de développement des États d’Afrique centrale devrait, selon nos informations, dégager une ligne de crédit supplémentaire de trois millions de dollars pour la réhabilitation de points d’eau potable. « L’anticipation financière restaure la confiance du terrain », souligne le Dr Marcellin Okouaya, épidémiologiste rattaché à l’Université Marien-Ngouabi.

Défis logistiques et coopérations régionales

L’épicentre insulaire complique le déploiement des cargaisons de chlore et de réservoirs souples : la navette fluviale reliant Mbamou au port de Brazzaville dépend d’un tirant d’eau capricieux en saison sèche. Le ministère des Transports a affrété deux barges militaires pour rompre l’isolement, tandis que le Haut-commandement assure la sécurisation des couloirs humanitaires.

Au-delà des frontières, la circulation des personnes le long du fleuve Congo expose Kinshasa et les provinces fluviales de la République démocratique du Congo. Le Centre régional de surveillance épidémiologique, basé à Luanda, coordonne l’échange quotidien de données. Les experts rappellent que 67 % des épisodes de choléra recensés depuis 2000 dans la sous-région sont de nature transfrontalière, justifiant une diplomatie sanitaire d’autant plus active.

Le prisme sociologique de l’eau et de l’hygiène

La dimension sociale de la maladie, souvent résumée par l’expression maladie des mains sales, révèle en réalité un faisceau de vulnérabilités structurelles. À Mbamou, 58 % des ménages dépendent de puits traditionnels sans couverture, tandis que la latrinisation communautaire demeure inachevée. Les normes culturelles d’hospitalité, qui valorisent le partage de repas collectifs, multiplient les vecteurs de contamination si l’eau de vaisselle n’est pas suffisamment traitée.

Face à ces déterminants, la campagne de sensibilisation radiophonique, diffusée en lingala et en kituba, insiste sur le lavage des mains et la consommation exclusive d’eau bouillie. Des relais religieux se sont joints à l’effort, rappelant dans les homélies dominicales la dimension morale du soin apporté au corps social. Ce maillage sociétal confère à la prévention une portée dépassant la seule communication institutionnelle.

Perspectives de résilience du système de santé congolais

À mesure que les cas hospitalisés reçoivent un traitement adéquat, le taux de létalité connaît une inflexion, passant de 11 % à 6 % au 4 août. Les autorités ambitionnent de l’abaisser sous le seuil de 1 %, cible érigée par l’OMS pour juguler une flambée dans les six premières semaines.

Le gouvernement entend capitaliser sur la crise pour consolider l’infrastructure sanitaire. Un projet de loi, transmis à la Commission parlementaire des Finances, prévoit la création d’un fonds pérenne de réponse aux urgences de santé publique et l’intégration d’un module de médecine humanitaire dans la formation initiale des médecins. Comme le résume le sociologue François Goma, « le choléra agit en révélateur : il met à nu les fragilités mais accélère aussi les dynamiques de réforme ».