Tramways congolais : le futur se fait désirer

Promesse d’un réseau interurbain moderne

Lorsque le ministre de l’Aménagement du territoire et des Grands travaux, Jean-Jacques Bouya, exposa en juillet 2016 à Paris l’ambition de doter Brazzaville et Pointe-Noire de tramways, l’annonce résonna comme un marqueur de la stratégie nationale de diversification. L’objectif affiché visait à offrir à deux pôles démographiques majeurs – plus de 3,5 millions d’habitants cumulés selon le recensement de 2023 – un mode de transport fiable, à même de fluidifier les mobilités quotidiennes et de soutenir la compétitivité économique. Sur le plan symbolique, l’initiative inscrivait le Congo-Brazzaville dans la dynamique continentale de modernisation des infrastructures urbaines, déjà à l’œuvre à Addis-Abeba ou Rabat.

Études techniques et partenaires internationaux

Neuf ans plus tard, la phase préparatoire, moins spectaculaire que la mise en service des rames, se révèle déterminante. Les équipes du ministère, appuyées par les ingénieurs du groupe Alstom, poursuivent les relevés topographiques, l’évaluation de la capacité portante des sols et la modélisation des flux voyageurs. « Le tracé pilote de Brazzaville nécessite des emprises limitées en zones denses pour minimiser les expropriations », précise un responsable technique congolais impliqué dans les études. Les préconisations incluent des cars-feux intelligents et des stations climatisées, afin d’anticiper une hausse annuelle estimée à 4 % de fréquentation.

Enjeux socio-économiques et attentes citoyennes

Dans les deux capitales économiques, les transports collectifs reposent aujourd’hui sur un tissu de bus et minibus privés, souvent accusés de segmenter arbitrairement les trajets – le fameux « demi-terrain ». Pour les usagers, le tramway incarne la promesse d’itinéraires continus et de tarifs stabilisés, favorable à la réduction des inégalités d’accès à l’emploi et aux services urbains. L’urbaniste Clémence Mavoungou rappelle que « la mobilité est un vecteur d’intégration sociale : chaque minute gagnée sur les déplacements quotidiens se répercute sur la productivité et la qualité de vie ». Sur le plan macro-économique, la Banque africaine de développement estime qu’un réseau ferré urbain pourrait générer jusqu’à 0,3 point de croissance annuelle grâce aux gains de productivité.

Contraintes financières et pistes de financement

La chute cyclique du cours du baril a contraint l’État congolais à rééchelonner plusieurs investissements structurants. Toutefois, le modèle de partenariat public-privé retenu pour le tramway limite l’appel à la dette souveraine. Alstom et un pool d’investisseurs institutionnels envisagent un schéma de concession de vingt-cinq ans, incluant l’exploitation et la maintenance. Le coût prévisionnel de la première ligne Brazzaville-Aéroport–PK45, long de 22 kilomètres, est évalué à 1,1 milliard d’euros. À Brazzaville, le ministère des Finances souligne que « les discussions avancent sur la garantie partielle de risque politique par l’Agence multilatérale de garantie des investissements », élément jugé décisif pour sécuriser les flux de capitaux.

Perspectives et calendrier actualisé

L’horizon opérationnel se précise : le gouvernement table désormais sur un démarrage des travaux civils au second semestre 2025, après validation définitive des études d’impact environnemental et social. La première rame pourrait circuler à Brazzaville avant la fin de la décennie, si le calendrier industriel est respecté. À Pointe-Noire, la phase de concertation publique vient de s’achever, révélant un fort consensus sur l’utilité du projet, mais aussi des attentes en matière d’emplois locaux. Selon un haut fonctionnaire de la préfecture, « près de 40 % des marchés de sous-traitance devraient être attribués à des PME congolaises », condition posée pour renforcer l’ancrage territorial de l’investissement. Ainsi, loin d’être gelé, le projet de tramway poursuit son chemin, à un rythme dicté par la complexité financière et l’exigence de durabilité technique. Le temps institutionnel, souvent perçu comme une lenteur, apparaît plutôt comme la garantie d’une infrastructure pérenne, susceptible de transformer durablement la face des métropoles congolaises.