Panthère et pangolin: la justice sort les griffes

Une décision judiciaire à valeur de signal

Le Tribunal de Grande Instance d’Impfondo, chef-lieu de la Likouala, a prononcé le 26 juin dernier des peines de deux à trois ans d’emprisonnement ferme à l’encontre de trois ressortissants congolais reconnus coupables de détention et de tentative de commercialisation d’une peau de panthère ainsi que d’écailles et de griffes de pangolin géant. Au-delà de la dimension répressive, l’affaire résonne comme un signal adressé aux réseaux criminels opérant dans la zone septentrionale, proche de la frontière avec la République centrafricaine et la RDC, couloirs privilégiés du commerce illicite de produits fauniques. « Il fallait une réponse juridiquement forte pour faire comprendre que l’impunité n’est plus la règle », confie un magistrat ayant requis l’anonymat.

La loi 37-2008, colonne vertébrale normative

La condamnation repose sur la loi n°37-2008 relative à la faune et aux aires protégées, texte considéré par de nombreux spécialistes comme l’un des corpus les plus complets d’Afrique centrale en matière de protection de la biodiversité. Son article 113 prohibe formellement l’importation, l’exportation, la détention et le transit d’espèces intégralement protégées, sauf dérogation scientifique. La sentence d’Impfondo démontre la capacité des juges à mobiliser cet arsenal et à appliquer, le cas échéant, les dommages et intérêts prévus au profit de l’administration forestière. Pour Me Clémentine N’Sele, avocate au barreau de Brazzaville, « la jurisprudence se consolide peu à peu, offrant une prévisibilité juridique qui rassure nos partenaires internationaux ».

Trafic faunique et dynamiques socio-économiques

Dans la Likouala, département enclavé dont près de 70 % du territoire reste couvert de forêts marécageuses, la mono-activité forestière et l’économie informelle structurent le quotidien. La tentation du braconnage découle souvent d’une combinaison de vulnérabilités : absence d’emplois formels, faiblesse des infrastructures et pouvoir d’achat érodé. Le pangolin géant peut se négocier jusqu’à quinze fois le salaire mensuel moyen lorsqu’il atteint les circuits urbains ou les plateformes d’exportation clandestines, selon un rapport conjoint de l’Union internationale pour la conservation de la nature et d’Interpol. L’action judiciaire récente ne peut donc être lue qu’à l’aune d’une approche intégrée qui articule répression, développement rural et sensibilisation.

Coopérations locales et internationales renforcées

L’arrestation des trafiquants a mobilisé les gendarmes, la Direction départementale de l’économie forestière et le Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage, programme soutenu par plusieurs bailleurs multilatéraux. Cette synergie illustre la logique de multigouvernance prônée par les conventions de Cotonou et de Kinshasa sur la criminalité environnementale. Elle répond en outre aux engagements pris par le Congo-Brazzaville dans le cadre de l’Initiative de la forêt d’Afrique centrale. Depuis 2022, plus d’une centaine d’agents ont été formés aux techniques de constatation, de prélèvement de preuves génétiques et de rédaction de procès-verbaux numériques compatibles avec les standards de la Conférence des procureurs d’Afrique.

Vers une gouvernance écologique inclusive

Si la répression contribue à assécher les filières, les observateurs soulignent l’importance de programmes alternatifs générateurs de revenus, tels que l’apiculture communautaire ou l’éco-tourisme balbutiant autour des plaines inondables de la Sangha. L’État, engagé dans la préparation de la prochaine stratégie nationale de biodiversité, réfléchit à des mécanismes de partage des bénéfices issus des paiements pour services écosystémiques. Comme le rappelle le sociologue Julien Nzoumba, « la conservation durable ne peut se maintenir sans reconfiguration des rapports entre populations locales, institutions et ressources naturelles ». Les condamnations d’Impfondo, loin d’être une fin en soi, s’inscrivent donc dans un continuum de politique publique visant à concilier impératifs de souveraineté, attentes des communautés et exigences internationales en matière de climat et de biodiversité.