Une vigilance présidentielle réaffirmée
Depuis Brazzaville, le chef de l’État congolais Denis Sassou Nguesso a repris la parole lors d’une session virtuelle du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine présidée par son homologue ougandais Yoweri Museveni. Dans un propos mesuré, il a fait part de sa « vive préoccupation » devant l’enlisement du dossier libyen, quatorze années après la déflagration de 2011. Le locataire du Palais du Peuple déplore qu’aucun cessez-le-feu durable ne soit encore consolidé alors même que la communauté africaine a multiplié les médiations, notamment sous l’égide du Comité de haut niveau qu’il dirige depuis 2014.
La Charte de réconciliation, pierre angulaire attendue
Au centre de la stratégie congolo-africaine figure la Charte de réconciliation inter-libyenne, document que le Comité qualifie déjà « d’acte constitutif d’un nouvel imaginaire politique ». Son adoption solennelle est programmée pour le 14 février 2025 à Addis-Abeba, en marge du 38ᵉ Sommet ordinaire de l’UA. Fruit d’un patient travail de consultation auprès des tribus, des factions politiques et de la société civile, le texte entend articuler la fin des rivalités armées autour d’une logique de responsabilité partagée et d’inclusion institutionnelle. Pour Brazzaville, la Charte ouvre la voie à un règlement interne qui échappe aux calculs géostratégiques extérieurs souvent accusés de prolonger le conflit.
Tripoli, épicentre d’une insécurité tenace
Les récents affrontements de mai entre la 44ᵉ brigade d’infanterie et les Forces de soutien à la stabilité, rappelés par le président Museveni, témoignent de la persistance d’une fragmentation militaire aiguë. La capitale demeure un théâtre où s’entremêlent intérêts pétroliers, rivalités d’anciens compagnons d’armes et influences étrangères concurrentes. Mohamed Ali Youssouf, à la tête de la Commission de l’UA, a dénoncé une « économie de guerre qui sabote chaque avancée politique ». Pour le Comité de haut niveau, cette analyse justifie la nécessité d’un mécanisme de désarmement progressif inscrit dans la Charte afin de replacer la question sécuritaire sous un contrôle strictement libyen.
Multilatéralisme africain et partenariats ciblés
Au-delà de la seule médiation, la démarche congolaise s’adosse à un multilatéralisme assumé. Le Conseil présidentiel libyen, par la voix de Mohamed El Menfi, a reconnu le rôle catalyseur de l’UA et plaidé pour un soutien international renforcé. À New York, le dossier libyen est revenu sur la table du Conseil de sécurité des Nations unies, où la diplomatie congolaise s’emploie à maintenir un langage de complémentarité avec la mission onusienne. L’enjeu est d’éviter les chevauchements d’initiatives et de conférer une légitimité continentale aux solutions proposées, condition indispensable pour que les acteurs locaux s’y reconnaissent pleinement.
La méthode Sassou : constance et discrétion
Les observateurs notent que Denis Sassou Nguesso privilégie une diplomatie de couloir inlassable, faite d’entretiens bilatéraux confidentiels et de contacts avec les notables tribaux. Selon son entourage, cette approche découle de la conviction qu’« aucune crise africaine ne se règle sans un minimum de confiance interpersonnelle ». La position de neutralité du Congo, sans intérêts économiques directs en Libye, confère à Brazzaville une crédibilité particulière. Elle permet en outre au président congolais de dérouler une argumentation axée sur la souveraineté des États et la primauté des solutions africaines, lignes constantes de sa pensée politique depuis la décennie 1990.
Cap sur Addis-Abeba 2025 : scénarios et attentes
À moins d’un an de l’échéance d’Addis-Abeba, plusieurs observateurs estiment que la fenêtre d’opportunité demeure étroite mais réelle. La démobilisation partielle de certaines milices à Misrata et à Sebha, couplée à l’amorce d’un dialogue fiscal sur la répartition des revenus pétroliers, alimente un relatif optimisme. Brazzaville entend capitaliser sur ces frémissements pour convertir la dynamique en engagement formel. « La Charte ne sera pas une baguette magique, mais un point de non-retour », affirme un diplomate congolais. D’ici là, le Comité de haut niveau intensifiera ses consultations, misant sur la diplomatie silencieuse chère au président Sassou Nguesso pour sceller, enfin, les bases d’une paix durable sur les rives de la Méditerranée.










