Une impulsion transalpine adossée à Bruxelles
Sous les lambris de la Cité scientifique de Brazzaville, le 24 juillet dernier, l’ONG italienne Comunità Sviluppo e Promozione (Cps) a inauguré une session de formation à la gestion d’entreprise destinée à quarante Congolais vivant avec handicap. Soutenu financièrement par l’Union européenne et la Conférence épiscopale italienne, ce projet baptisé « Une approche inclusive du handicap » vise à transformer des bénéficiaires souvent relégués aux marges du marché du travail en véritables acteurs de la création de valeur. La coordinatrice du programme, Ermelinda Onda, insiste sur « la nécessité d’arrimer l’autonomie économique aux droits fondamentaux des personnes handicapées », rappelant que l’Agenda 2030 des Nations unies érige l’inclusion au rang de priorité planétaire.
Vers une économie plus hospitalière aux Pvh
Au Congo-Brazzaville, l’enquête nationale sur la situation du handicap de 2022 signale que près de 65 % des personnes vivant avec handicap (Pvh) n’ont pas d’activité rémunérée durable. Dans ce contexte, la formation en entrepreneuriat apparaît comme un levier décisif. L’initiative de Cps, élaborée de concert avec le Groupement des intellectuels et des ouvriers handicapés du Congo (Giohac), ambitionne de réduire les asymétries d’accès au capital financier, social et symbolique qui freinent la participation pleine et entière des Pvh à l’économie nationale. L’approche se veut holistique : au-delà de l’apprentissage technique, il s’agit de réhabiliter la confiance en soi et de déconstruire les stéréotypes encore tenaces dans l’imaginaire collectif.
Un curriculum sur mesure, entre théorie et pragmatisme
Les apprenants, dont le niveau académique oscille entre le primaire et le secondaire, sont immergés dans sept modules couvrant le management, la gestion financière, le marketing, les technologies de l’information, la législation commerciale, la stratégie de marque et la négociation. Près de 80 % des supports sont iconographiques ou infographiques, afin d’épouser la diversité des aptitudes cognitives et sensorielles. Les séances se tiennent deux fois par semaine, de 9 h à 14 h, rythme qui permet de concilier contraintes familiales et absorption progressive des contenus. Pour plusieurs participants, la possibilité d’appliquer immédiatement les notions grâce à des études de cas locales représente une rupture avec les formations plus théoriques reçues par le passé.
L’Anvri comme incubateur de compétences et d’ambitions
Chargée de la mise en œuvre pédagogique, l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et de l’innovation (Anvri) déploie un protocole d’évaluation en trois temps : diagnostic, formatif et sommatif. « Nous avons mené un repérage pré-formation pour adapter le vocabulaire, les supports et le tempo aux réalités des stagiaires », explique Rivanelle Missolékélé Mpidy, chef de projet à l’Anvri. Cette granularité méthodologique permet de repérer les potentiels, de calibrer un mentorat individualisé et, in fine, d’orienter les futurs entrepreneurs vers le dispositif national de microfinancement. Dans les couloirs, l’on observe déjà l’émergence d’idées de micro-entreprises allant de la fabrication de savon écologique à la création de services de traduction en langue des signes.
Un soutien gouvernemental présenté comme moteur
La présence conjointe d’Irène Marie Cécile Mboukou-Kimbatsa, ministre des Affaires sociales, et de Rigobert Maboundou, ministre de la Recherche scientifique, a donné à la cérémonie d’ouverture une coloration institutionnelle affirmée. Pour Mme Mboukou-Kimbatsa, « il n’y a ni âge ni condition pour apprendre ; cette formation est un tremplin vers l’autonomie ». Son collègue Rigobert Maboundou a, pour sa part, souligné l’alignement de l’initiative sur « la politique publique inclusive portée par le président Denis Sassou-Nguesso en faveur des Pvh ». Le gouvernement, via le Programme national de filets sociaux, annonce d’ores et déjà un guichet d’amorçage financier pour les projets les plus prometteurs issus de cette cohorte.
Des ramifications déjà visibles au-delà de la capitale
En parallèle, près de cent vingt Pvh suivent depuis décembre 2024 des cours de couture, menuiserie, construction, reliure ou informatique, toujours sous la houlette de Cps et de ses partenaires. Cette capillarisation témoigne d’une stratégie d’essaimage pensée à moyen terme : créer une masse critique d’entrepreneurs handicapés susceptibles de devenir formateurs à leur tour. Dans le département du Pool, un centre pilote est en gestation ; il devrait accueillir sa première promotion en 2025 si les financements européens étaient reconduits.
Dans un pays où l’économie informelle reste dominante, l’enjeu dépasse la seule insertion professionnelle. Il s’agit d’instaurer un paradigme de citoyenneté économique inclusive, où la capacité à innover prime sur le statut physique. Les acteurs institutionnels comme les bailleurs internationaux convergent sur ce diagnostic : la croissance congolaise gagnerait en résilience si chaque segment de la population était en mesure de contribuer à la création de richesses. Le laboratoire brazzavillois initié par Cps offre ainsi un terrain d’observation privilégié pour quiconque s’intéresse à la sociologie du développement et aux politiques publiques d’inclusion.
Une promesse de résilience économique partagée
En revisitant la notion même d’employabilité, le programme porté par Cps, l’Anvri et leurs partenaires institutionnels situe l’autonomie des personnes handicapées au cœur du récit national de développement. Les prochaines évaluations, prévues à six et douze mois, diront dans quelle mesure les entrepreneurs-stagiaires auront pu transformer l’essai. Mais déjà, la dynamique enclenchée dessine les contours d’une société congolaise qui, pas à pas, fait de l’inclusion un vecteur de croissance et non un simple slogan.










